LES PREMIERS ROIS DE PONT
A lafm du iv° siècle avant l'ère chrétienne , non seulement il n'y avait pas de royaume de Pont, mais la notion même du Pont, considéré comme unité territoriale, n'existait pas encore. Le futur royaume des Mithridate était compris presque tout entier dans la satrapie, d'abord perse, ensuite macédonienne, de Cappadoce, qui s'étendait depuis les bords de l'Euxin jusqu'au pied du Taurus. Cependant, à deux reprises différentes, des tentatives s'étaient déjà produites pour créer ou restaurer en Cappadoce une souveraineté indépendante, et dans l'un et l'autre cas elles avaient eu pour théâtre principal la partie septentrionale de la province , la Cappadoce pontique.
La première tentative de ce genre, celle de Datame, nous est déjà connue (2). La seconde eut lieu trente ans plus tard, au moment de l'expédition d'Alexandre. Le conquérant, dans sa marche rapide vers la Cilicie, n'avait fait qu'eflleurer la Cappadoce (3);
(1) Sources anciennes : Syncelle p. 523, ô : ol paatXsiç Rovx'iwv os'y.a xaxà touxou; r,p^av xoù; y^povouç ôiapxéaavxs; exY] tiv]. Mepi wv 'ATroXÀôowpo; xai Aiovûato; latopoùat. Les ITovxtxâ d'Apollodore sont également mentionnés par le scoliaste d'Apollonius de Rhodes, II, lôl) (= F. H. G. IV, 304). Denys est d'ailleurs inconnu, à moins qu'il ne s'agisse de la 67tro niqiœde'Denys d'Halicarnasse (G. Muller, F. H. G. IV, 396). Il existait aussi des novxtxai loxoptai de Diophante (F. H. Gr. IV, 3*.)G-7), peut-être le général de Mithridate Eupator. Toutes ces histoires, ainsi que le résumé de Trogue Pompée QProl. 37 : repetitis région Ponticorum originihux) sont perdues ; il ne reste que des notices éparses dans les fragments de Polybe, Memnon, etc. , et les médailles. Travaux modernes : FoY Vaillant , Imperîum Achaemenidarum et Arsacidarum , 1725; Volpert, De regno j^ontico ejusque principibus ad regem usque Mithridatem VI, Miinster, 1853, diss. (recension par Gutschmid, Neue Jahrhiicher fur Philologie, LXIX, 1854, 84-90); E. Meyer, Geschichte des Kœnigreichs Pontes, Leipzig, 1879; Th. Reinach, Essai sur la numismatique des rois du Pont {dynastie des JIl- (hridate'), dans Trois royaumes de l'Asie Mineure, Paris, 1888.
(2) Nepos, Datame; Diodore XV, 91 ; Polyen VII, 21 et 29.
(3) D'après Hiéronyme fr. 1 a (Appien, Mith. 8), Alexandre n'aurait même pas touché la Cappadoce.
ARIARATHE DE GAZIURA.
il chargea un de ses lieutenants, Sabictas (1), de la réduire. Mais, bien que le satrape perse, Mithrobouzanès (2), eût été tué au Granique, les populations refusèrent de recevoir le satrape macédonien : la preuve en est que le contingent cappadocien et cataon figure encore à la bataille d'Arbèles, en 331 av. J.-C. (3). Après cette journée décisive , les villes grecques du Pont firent leur soumission au vainqueur : Sinope obtint sa grâce (4), Amisos la liberté (5); mais les Cappadociens ne se montrèrent pas d'aussi bonne composition, et pendant que la phalange s'enfonçait dans les profondeurs de l'Asie, ils se soulevèrent sur ses derrières. A leur tête se plaça un vieux seigneur perse, Ariarathe, dont le frère, Oropherne, s'était jadis distingué dans la campagne d'Ochus en Égypte. Ariarathe faisait, à tort ou à raison, remonter son arbre généalogique à Otanès ou Anaphas, le plus célèbre, après Darius, des meurtriers du mage. C'était un homme entreprenant et habile; en peu de temps il fut maître de toute la satrapie cappadocienne , sauf peut-être la lisière sudouest, où passait la route militaire indispensable aux Macédoniens. Le noyau du royaume d'Ariarathe était le bassin de riris, sa résidence l'antique forteresse de Gaziura, près de Zéla (6). Toute la côte lui obéissait, depuis Sinope jusqu'à Trébizonde, et son pouvoir usurpé s'appuyait sur une armée de 15,000 cavaliers et de 30,000 fantassins, tant indigènes que mercenaires.
Cette royauté improvisée subsista pendant une dizaine d'années, jusqu'après la mort d'Alexandre. Alors seulement les Macédoniens eurent le temps de se retourner vers ces pays oubliés, et une vigoureuse campagne du régent Perdiccas eut raison de l'insurrection. Ariarathe, vieillard plus qu'octogénaire, fut pris et mis en croix avec toute sa famille; seul, son neveu Ariarathe le jeune, qu'il avait adopté pour fils, réussit à se cacher dans
(1) Arrien II, 4, 2. Abistamenes chez Q. Curce III, 4, 1.
(2) Mithrobouzanès chez Arrien I, 16, 3 (cp. une inscription de Comana du Saros dans JBull. corr. helL VII, 130); Mithrobarzanès, chez Diodore XVII, 21.
(3) Q. Curce IV, 1, 34; 12, 12; Arrien III, 8, ô ; 11, 7. H appelle leur chef Ariakès (^Aryaka, (L homme vénérable ») nom qu'on a identifié sans raison avec Ariarathe.
(4) Arrien III, 24, 4.
(5) Appien, Mith. 8: Plut. Lucull. 11).
(6) Drachme d'Ariarathe avec Baal Gazouv : Waddixgton', JRerue numismatique, 1801, p. ô. Sur Gaziura, Strabon XII, 3, 15.