EMPLOI DE LA JOURNÉE DU ROL
vie chez Mithridate , et le roi savait Fart délicat d'abréger les distances sans compromettre son prestige. Les affaires d'État, les audiences des ambassadeurs, les exercices militaires, la distribution de la justice lui laissaient du temps pour les chasses aventureuses dans les giboyeux halliers du Paryadrès , pour les causeries intimes avec les savants, les artistes, les hommes de lettres. Les fêtes pompeuses du théâtre , les courses de chars à la mode grecque alternaient avec les grandioses cérémonies du culte iranien. A table, les soucis politiques étaient bannis. Le roi aimait, comme ses sujets , les festins prolongés ; il y déployait la magnificence de son argenterie et de son mobilier. La musique ne manquait jamais à la fête, et parfois des prix étaient décernés au meilleur buveur, à la meilleure fourchette, à la chanson la plus entraînante, à la plaisanterie la plus spirituelle (1). Cependant l'exemple de son père avait appris à Mithridate la méfiance, même à l'égard de ses meilleurs amis : avant de se mettre à table, il prenait son antidote ; son cimeterre ne le quittait guère, et quand il allait se coucher, il suspendait au-dessus de son lit arc et carquois pour être prêt à la première alerte (2). D'après une autre tradition, quelque peu suspecte, il faisait coucher dans son antichambre trois animaux familiers : un cheval , un cerf et un taureau , gardiens fidèles, au sommeil léger et à la voix retentissante (3).
La famille royale avait été fort diminuée par les exécutions de la première partie du règne. Mithridate n'avait plus ni mère ni frère; de ses sœurs survivantes, l'une, Nysa, languissait dans la prison d'État de Cabira; les deux autres, Roxane et Statira, se flétrissaient vierges dans l'ennui du harem. Les autres parents du roi étaient pour la plupart en prison; un seul. Phénix, — un parent maternel, sans doute, — figure, en 71, parmi les généraux de Mithridate. Mais si le roi avait décimé sa famille, il travaillait activement à la reconstituer. Au début, il s'était contenté d'une seule femme légitime : il épousa sa sœur Laodice, union incestueuse qu'autorisaient les livres sacrés des Mages (4) et la tradition achéménide, renouée par les Séleucides et les Ptolé-
(1) Appien, Mith. 66.
(2) Plutarque, Quœst, sympos. I, 6, 2.
(3) Élien, Hist. anim. VII, 46.
(4) C'est le principe du hvaêtvôdatha qui, d'après Hérodote (TU, 31), fut appliqué pour la première fois par Cambyse. Cf. Xanthos (?), fr. 28 Miiller.