LA TRÊVE DE DOUZE ANS
Au lendemain de Tentrevue de Dardanos, Mithridate avait repris fièrement, mais précipitamment, le chemin de ses États héréditaires , avec les restes de son armée , de sa flotte et de son butin. Il trouvait son empire de FEuxin profondément ébranlé. La Colchide réclamait pour roi le prince royal Mithridate, dont Tadministration récente avait laissé d'excellents souvenirs. Le royaume du Bosphore, plus impatient, s'était déjà insurgé, et un certain Hygiénon, peut-être le gouverneur nommé par le roi, frappait monnaie avec le titre d'archonte à Panticapée (2). Mithridate courut au plus pressé. Il fit droit au vœu des porte-sceptre colques, envoya son fils en Colchide, puis, le soupçonnant d'avoir fomenté l'insurrection qui lui valait une couronne , il le manda à Sinope et, dès son arrivée, le chargea de chaînes d'or. Le malheureux prince fut trouvé mort peu après, mais l'autorité royale avait eu le temps de s'affermir en Colchide. Ce pays forma désormais une satrapie, gouvernée par un des « premiers amis du roi (3) ». Quant au royaume Bosporan, il fallut une expédition en règle pour le ramener dans le devoir; mais pendant que Mithridate la préparait, une invasion inattendue l'appela à la défense de son
(1) Sources principales : Appien, Mith. 64-68 ; Memnon, c. 36 ; les fragments de Salluste. Pour l'alliance avec Sertorius, Plutarque, Sertorius, 23-24.
(2) Voir cette monnaie décrite siqyrà p. 190, note 4. Sur les briques d'Hygiénon, cp. Rajjport de la Commission archéologique russe j^our 1861, p. 176; poui- 1868, p. 125; Mac- Pherson, Antiquities of Kertch, p. 72.
(3) Strabon XT, 2, 18. Moapherne, grand-oncle de Strabon, fut un de ces satrapes.