RÉVOLTE DE LA COLCHIDE. AGRESSION DE MURÉNA
propre territoire (1). C'était Muréna, qui, pr^^itant de Téloignement de Sylla et de Tanarchie qui régnait à Rome, recommençait de son chef, sans l'autorisation du peuple ni du Sénat, la guerre offensive contre le Pont.
Pendant la première année de son administration, ce général avait employé son temps à combattre les pirates et à confisquer la principauté de Cibyra, où régnait le dernier héritier d'une dynastie pillarde, Moagétès; le reste de la tâche qui s'imposait à lui — réduire Mitylène et panser les blessures de l'Asie — lui parut un rôle indigne de ses talents. Ce cerveau brûlé ne rêvait que triomphes, et comme le traité de Dardanos n'avait été encore ni mis par écrit, ni ratifié par les pouvoirs compétents, il se croyait le droit légal de reprendre les hostilités, ardemment désirées d'ailleurs par les bandes fimbriennes. Quant aux prétextes, Mithridate se chargea de lui en fournir. Le roi de Pont, spéculant sur la nullité d'Ariobarzane et sur l'apathie bien connue du gouvernement romain en matière d'affaires lointaines , détenait encore indûment plusieurs districts de la Cappadoce; on ajoutait sous le manteau que les armements formidables qu'il accumulait dans ses ports et dans ses arsenaux avaient pour objet, non la reconquête du Bosphore insurgé, mais une nouvelle irruption en Asie. Un illustre transfuge vint confirmer ces bruits, probablement calomnieux. Archélaos était tombé en disgrâce pour avoir mal soutenu les intérêts de son maître pendant les négociations de l'année précédente. Les paroles prononcées par le tentateur Sylla, à Délion, sonnaient encore dans l'oreille de cet aventurier; un beau jour, il s'enfuit de Sinope avec sa femme et ses enfants (2) et se rendit auprès de Muréna. Il lui dénonça les prétendus projets de Mithridate, l'exhorta à prendre les devants et n'eut pas de peine à le convaincre. Muréna, ramassant ses légions , traversa la Cappadoce à marches forcées et franchit inopinément la frontière pontique (83 av. J.-C.) (3).
Ce fut le début non d'une guerre, mais d'une série de razzias qui durèrent trois ans. Muréna, après avoir taillé en pièces un corps
(1) Appien, Mith. G 4.
(2) D'après Orose (VI, 2, 12) Archélaos aurait déjà fait défection pendant le séjour de Sylla en Asie : qui se ad Sullam cum uxore liberisque contulerat.
(3) Appien, Mith. 64. Gp. Cicéron, Pro lege Ma7dlia, lY, 9: se Boq)oranis , Jinîtimis suis, hélium Inferre simularet...