‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 248 sur 417 · RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX · texte numérisé non relu

RÉTABLISSEMENT DE LA PAIX

n'osait franchir ; enfin l'arrivée de Mithridate donna aux Pontiques une supériorité écrasante. L'armée royale força le passage du fleuve après un combat acharné, délogea les Romains des hauteurs sur lesquelles ils s'étaient retirés et les ramena battant, à travers les sentiers des montagnes, jusqu'en Phrygie. Toute la Cappadoce fut nettoyée de ses garnisons romaines et un sacrifice solennel à Ormuzd annonça aux populations , à cinquante lieues à la ronde, le triomphe des armes pontiques (82 av. J.-C.) (1).

La nouvelle de la victoire de Mithridate se répandit dans la province d'Asie comme une traînée de feu. Ses partisans relevèrent partout la tête; une nouvelle invasion paraissait imminente, lorsqu'un message de Sylla vint à propos séparer les combattants. La guerre civile s'était enfin terminée en Italie par la victoire de l'oligarchie, une crue de sang avait porté Sylla au pouvoir suprême. Le vainqueur de tant de batailles , le signataire des tables de proscription, était saoùl de carnage et blasé de gloire militaire; le renouvellement de la lutte en Asie ne pouvait que le déranger dans l'œuvre laborieuse de réorganisation intérieure à laquelle il devait le reste de ses forces. Son envoyé, Gabinius, vint intimer à Muréna l'ordre formel de cesser les hostilités; il était aussi chargé d'opérer la réconciliation définitive entre Mithridate et Ariobarzane. Muréna se soumit; battu mais content, il prit le titre d'imperator (2) et obtint le triomphe (3). De son côté, Mithridate consentit à fiancer une de ses filles, âgée de quatre ans, au fils d'Ariobarzane (4). Au milieu du bruit des fêtes et des banquets qui célébrèrent cette union , personne ne remarqua que Mithridate, loin de restituer à son voisin les districts litigieux du haut Halys, s'était encore emparé de quelques lambeaux du royaume de Cappadoce (81 av. J.-C.) (5).

Libre enfin du côté des Romains , Mithridate put reprendre ses opérations contre les Bosporans. Une campagne suffit à reconquérir le royaume rebelle; pour accorder un semblant de satisfaction aux populations, Mithridate leur donna pour roi son fils Ma-

(1) Appien, Mith. 05; Memnon, 30.

(2) Inscription de Messène chez Foucart-Le Bas, Péloponèse , n" 318 a.

(3) Cicéron, Pro lege Manilia , c. 3 ; Pro Murena , c. 5, 11, 15.

(4) Et non à Ariobarzane lui-même, comme le dit Appien, Mith. GG. Cf. mes Trois royaumes , p. G 3.

(5) Appien, Mith. GG.

RECONQUÊTE DU BOSPHORE. NÉGOCIATIONS A ROME. .m5

charès. Au retour, il entreprit de relier le royaume Bosporan à la Colchide en soumettant les tribus barbares, maîtresses de la route du Caucase maritime; mais l'expédition échoua totalement. Les deux tiers de Farmée périrent dans les neiges ou dans les embuscades des Achéens (80 av. J.-C.) (1).

Depuis qu'une des lois Cornéliennes avait expressément défendu aux gouverneurs de provinces, sous peine de lèse-majesté, de franchir les limites de leur gouvernement (2), Mithridate n'avait plus à redouter de la part des proconsuls d'Asie ou de Cilicie une brusque aggression, dans le genre de celle de Muréna; il n'en restait pas moins vrai que ses rapports avec le gouvernement romain, reposant exclusivement sur la base fragile de paroles échangées, n'avaient d'autre garantie que les sentiments pacifiques de Sylla, qui pouvait mourir d'un jour à l'autre. Mithridate, ce semble, voulait alors la paix aussi sincèrement que Sylla; son empire était assez vaste pour suffire à son ambition assagie par les années; l'expérience lui avait appris la supériorité des armes romaines dans une guerre prolongée. Plein de ces idées, il nvoya, en 79, une ambassade à Rome pour demander la ratification et la mise par écrit du traité de Dardanos. Par malheur, n même temps que les envoyés de Mithridate, débarquaient à orne des ambassadeurs d'Ariobarzane, qui venaient dénoncer au Sénat les conquêtes en pleine paix qu'avait faites à ses dépens le roi de Pont. Sylla, quoiqu'il eût à ce moment officiellement abdiqué la dictature, dirigeait toujours la politique étrangère de la épublique ; il fit ordonner à Mithridate d'évacuer, avant toute autre négociation, la Cappadoce. La vraie force trouvait toujours Mithridate très respectueux ; il s'exécuta, et fit partir aussitôt une nouvelle ambassade chargée d'annoncer sa soumission et de rapporter le traité. Mais le roi jouait de malheur. Quand ses ambassadeurs se présentèrent à Rome (au printemps 78), Sylla venait de mourir, le consul démocrate Lépide essayait de rallumer la guerre civile , le Sénat était accablé d'affaires et de préoccupations. L'audience des ambassadeurs pontiques fut si longtemps ajournée qu'ils

(1) Appien, Mith. 67. C'est donc à tort que les Achéens figurent plus tard parmi les auxiliaires de Mithridate : Appien, Mltli. 69.

(2) Exire de provincia, educere exercitum, hélium sua sponte gerere, in regnum injussv, populi ac senatus accedere, cum plurimcie leges veteres , tum lex Cornelia majestatis , Julia de pecuniîs rejyetundîs , pleHÎssi7ne vêtant. Cicéron, In Pison. XXI, 50.

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