‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 249 sur 417 · POLITIQUE DES ROMAINS · texte numérisé non relu

POLITIQUE DES ROMAINS

perdirent patience et rentrèrent chez eux sans avoir rien conclu.

Dès ce moment Mitliridate jugea que Rome voulait la guerre et se réservait seulement le choix de l'occasion. Il se prépara de son côté en conséquence (1). Les armements du roi inquiétèrent les Romains; ils en conclurent qu'il méditait une nouvelle invasion de l'Asie , renforcèrent leurs garnisons et songèrent à prendre de nouvelles sûretés. Ainsi personne ne voulait sérieusement la rupture, mais chacun soupçonnait son adversaire de la vouloir (2); de part et d'autre on craignait d'être pris au dépourvu, aussi les armements augmentaient chaque jour. De ces soupçons réciproques, de ces préparatifs accumulés, de cette tension toujours croissante devait sortir fatalement la guerre; elle fut le résultat, comme il arrive souvent, d'une double méprise, et l'on se battit enfin par économie.

Si l'explosion se fit attendre encore cinq ans , il faut chercher la cause de ce retard dans les difficultés de toute nature où se débattait le gouvernement romain depuis la mort de Sylla. Les débris des partis vaincus, tenus jusque-là en respect par le prestige et l'énergie féroce du dictateur, relevèrent la tête dès qu'il eut disparu de la scène. Ils n'étaient pas encore de force à ressaisir le pouvoir — le piteux avortement de l'insurrection de Lépide en fit foi — mais ils suffisaient à paralyser l'action de la majorité sénatoriale, ils lui arrachaient des concessions qui minaient peu à peu le système sévèrement oligarchique restauré par Sylla. Bien plus, le drapeau de la démocratie abattu en Italie avait été relevé en Espagne par Sertorius. Pendant huit ans cet homme de génie tint en échec les meilleurs généraux et les meilleures armées de la république; c'était une guerre meurtrière, ruineuse, toujours renaissante de ses cendres et qui menaçait sans cesse de s'étendre hors du foyer où on l'avait à grand'peine localisée. Une autre guerre difficile, léguée par Sylla à ses successeurs, était celle contre les barbares de la Thrace ; celle-ci se rattache directement à notre sujet, car il ne s'agissait pas seulement de mettre la province de Macédoine à l'abri des incursions des pillards, mais de tarir une des sources du recrutement des armées de Mithridate. Les premiers généraux chargés de cette guerre, Appius

(1) Appien, Mith. 67 ; Salluste, fr. IV, 20, 13 : cum mihi oh ipsorum interna mala proelia mngis quam pacem datam intelUgerem.

(2) Cela résulte de Cicéron, Pro îege Manilîa, c. 8.

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