PROGRÈS DE LA PIRATERIE
Claudius, C. Scribonius Curio, n'obtinrent que des résultats partiels; il était réservé à M. Lucullus d'achever la conquête de la Thrace d'Europe, jusqu'au Danube (1), au moment même où son frère allait disputer à Mithridate la Thrace d'Asie.
A ces guerres locales, qui absorbaient toutes les ressources disponibles de la république, saignée et appauvrie par les guerres civiles, venait enfin s'ajouter la lutte universelle contre la piraterie. En quittant les eaux grecques, la flotte de Mithridate leur avait légué ce fléau pour adieu; disons mieux, le mal, de tout temps endémique dans les eaux de la Méditerranée orientale, avait, depuis 85, pris la forme d'une épidémie aiguë. Les bandes de corsaires s'étaient grossies de la foule des aventuriers, des déclassés, des proscrits et des désespérés de toute espèce et de tout pays, que le licenciement des armées du roi et les guerres intestines de Rome avaient jetés sur les grandes routes de la mer. Les pirates possédaient maintenant, au lieu des légers esquifs d'autrefois, des escadres compactes, des bâtiments solidement construits et magnifiquement décorés , des arsenaux peuplés de forçats, des ports de refuge, des tours de signal et des * forteresses le long de toutes les côtes dentelées et rocheuses; c'était, en un mot, une république flottante, en guerre légitime avec toute l'humanité civilisée. L'audace des écumeurs de mer croissait avec leur nombre et leur organisation. Sous les yeux mêmes de Sylla, ils pillèrent Clazomène, Samos , lassos, enlevèrent mille talents du temple de Samothrace; bientôt des îles, des villes florissantes furent dépeuplées, le commerce paralj^sé, l'Italie et la Sicile insultées et Rome réduite à trembler pour son approvisionnement.
Seule une police maritime énergique et vigilante aurait pu avoir raison de ce fléau, mais les marines syrienne et égyptienne avaient disparu et celle de Rome était en pleine décadence ; pour emporter Mitylène, il fallut mendier le secours de l'escadre bithynienne ! Les gouverneurs d'Asie et de Cilicie, chargés de l'entretien d'une escadre de police, dilapidaient les fonds prélevés à cet effet, quand ils ne vendaient pas, comme le questeur de Dolabella, Verrès, à des agents de Mithridate quelque fin voilier fourni par une ville alliée. Le Sénat mit vingt ans à comprendre que pour en
(1) Eutrope VI, 10. Florus, I, 39, le fait pénétrer jusqu'au Tanaïs et à la Palus Méotide !