SÉLEUCIDES ET ARSACIDES
Les Séleucides ne sont pas morts d'anémie comme les Lagides ; ils se sont entretués. Pendant douze ans, six cousins prétendants — cinq fils d'Antiochus Grypos et le fils d'Antiochus Cyzicène, Antiochus Eusèbe — ont bataillé pour les ais d'un trône vermoulu. Deux des fils de Grypos sont tombés sur le champ de bataille, un autre a été brûlé vif par la populace d'une ville de Cilicie, Eusèbe a été tué par les Parthes; il ne reste plus que Philippe et Démétrius Eucairos qui se disputent les lambeaux de ce malheureux royaume; encore Démétrius tombe-t-il bientôt aux mains des Parthes et meurt dans la captivité. Les populations syriennes , écœurées de ces luttes fratricides , prises entre les pillards du désert et les pirates de la côte comme entre le marteau et Fenclume , désespèrent enfin de leur famille royale et, de guerre lasse, se jettent dans les bras d'un sauveur étranger. Déjà Damas et la Cœlé-Syrie ont reçu le roi des Arabes Nabatéens, Arétas. A Antioche, un parti incline vers Mithridate, un autre vers Ptolémée Lathyre; mais Mithridate est trop loin et trop occupé, le Ptolémée est l'ennemi héréditaire : en désespoir de cause, vers 83 av. J. C, la Syrie se donne à Tigrane (1).
Ce sont aussi, semble-t-il, des rivalités de famille, des tragédies de sérail, fléau coutumier des dynasties orientales, qui après avoir brusquement arrêté l'essor de la monarchie parthe, l'ont livrée sans défense à une bourrasque venue du nord (2). Déjà une fois, à la fin du règne de Phraate II, des mercenaires scythes, prototype de la garde turque des califes de Bagdad, avaient réduit les Arsacides à un demi-vasselage. Maintenant, une poussée générale des nations scythiques ou tatares, les Sse et les Tuetcki des écrivains chinois, submerge le bassin de l'Oxus, détruit le royaume grec de Bactriane, occupe la vallée de l'Indus et entame l'Iran. Le huitième Arsace, Mithridate le Grand , meurt à temps (vers 86) pour ne pas assister à la débâcle de son empire. C'est sur son successeur, Artaban II (3), que crève l'orage; en peu d'années l'ennemi du dehors et l'ennemi du dedans ont consommé leur œuvre. De 76 à 69 règne un vieillard octogénaire,
(1) Justin XL, 1.
(2) Plutarque, Lucullus , 36.
(3) Cf. GUTSCHMID sur Trogue Pompée, prol. 41 et 42. Cependant la correction indiquée (successores deinde ej'us Artabanus et Tigranes cognomine Deus) n'est pas certaine. Justin XLII, 4 a tout brouillé.