MITHRIDATE ET SERTORIUS
éclairés à Rome savaient fort bien à quoi s'en tenir : l'Asie ne pouvait être fidèle que le jour où elle serait heureuse. Dans la province sœur de Cilicie, les exactions étaient les mêmes et l'impopularité de Rome aussi grande : il suffit de rappeler que de 80 à 78 la Cilicie eut pour proconsul Dolabella et pour questeur Verrès (1).
Mithridate avait su intéresser à sa cause l'Arménie, les pirates, les mécontents de l'Asie romaine; mais le coup de maître de sa diplomatie fut son alliance avec Sertorius. Ce furent les transfuges romains du parti démocratique, devenus très nombreux depuis les proscriptions de Sylla, qui négocièrent ce singulier rapprochement, « l'alliance de Pyrrhus et d'Annibal, » comme disaient les beaux esprits de Sinope. En 79, deux anciens lieutenants de Fimbria, L. Magius et L. Fannius, ennemis acharnés de Sylla et peut-être dès lors entrés au service de Mithridate, se trouvaient à Myndos en Carie; ils réussirent à corrompre C. Verrès, légat et proquesteur du gouverneur de Cilicie, Dolabella, et lui achetèrent un bâtiment léger, d'une vitesse remarquable, réquisitionné naguère à Milet pour le service de l'État. Sur ce bâtiment, qui défiait la surveillance et la poursuite des croisières romaines, ils exécutèrent secrètement, pour le compte de Mithridate, plusieurs voyages diplomatiques , couronnés d'un plein succès. Aussi , quelques années plus tard , quand l'attitude du Sénat romain dans l'affaire de la ratification du traité de Dardanos eut convaincu Mithridate que la guerre était inévitable, n'eurent-ils pas de peine à persuader au roi de leur confier son ministre Métrophane pour aller négocier avec Sertorius une alliance formelle. Les ambassadeurs débarquèrent à Dianium , entre Carthagène et Valence , où Sertorius avait établi son grand arsenal naval (2) ; ils dépistèrent, non sans peine, les garde-côtes romains et se rendirent auprès du général démocrate , pendant qu'un agent subalterne — ambassadeur ou espion — allait tâter les dispositions de son adversaire Pompée. Le roi de Pont offrait à Sertorius la reconnaissance officielle de son gouvernement, des vaisseaux et de l'argent; en échange, il demandait que Sertorius, agissant au nom du peuple romain, dont il se prétendait le représentant légitime, lui abandonnât formellement toute FAsie Mineure. L'anti-sénat de
(1) Cf. Cicéron, Verr. Acc. I, 76.
(2) Strabon III, 4, 6.