‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 260 sur 417 · PRÉSAGES DE RUPTURE · texte numérisé non relu

PRÉSAGES DE RUPTURE

Cilicie. Les militaires désiraient la guerre par profession, les financiers par intérêt; les patriotes gémissaient sur la honte ineffacée des vêpres éphésiennes, les politiques rappelaient le principe traditionnel de la République : ne jamais cesser une guerre avant que l'ennemi fût non seulement vaincu , mais exterminé. Ils représentaient que la puissance financière et militaire de Mithridate, son esprit remuant, le souvenir de sa domination, rattachement que lui avait conservé le prolétariat hellénique, tout cela constituait une menace perpétuelle suspendue sur l'empire asiatique de Rome. Ne valait-il pas mieux prendre l'offensive que de se laisser attaquer au moment où l'on aurait les mains prises ailleurs? Dès l'an 77, le vieux consulaire Philippe dénonçait au Sénat l'attitude menaçante de Mithridate sur les flancs de la province dont les revenus alimentaient l'empire (1). En 75, le consul C. Cotta signalait les périls que faisait courir à l'État, comme treize ans auparavant, la coïncidence entre les armements de Mithridate, la guerre civile d'Espagne, les brigandages des pirates et les incursions des Thraces (2). L'année suivante , un autre Cotta, consul à son tour, déclarait que la guerre avec Mithridate était assoupie et non pas éteinte (3). La majorité du Sénat, avide de paix et redoutant les aventures, résistait encore à l'évidence, mais la matière inflammable s'était tellement accumulée depuis douze ans que, voulût-on ou non la guerre, il ne fallait plus qu'une étincelle pour rallumer l'incendie; comme en 88 , ce fut de la Bithynie qu'elle partit.

(1) Salluste, fr. I, ôG Kritz : MWiridates lu latere vectigalium nostrorum, qulbus adhuc sustentamur , diem hello circimspicit.

(2) Salluste, fr. II, 50 Kritz.

(3) Plutarque, Lucullas, 5.

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