GUERRE DE LA SUCCESSION DE BITHYNIE
Vers la fin de Tannée 74 av. J.-C. mourut le dernier roi de Bithynie, Nicomède Philopator (2). Ce triste personnage, digne pendant du dernier Attale, avait fait oublier les cruautés de la première partie de son rè^ne par les débauches et la servilité de la fm. C'était peu de prêter sa flotte aux gouverneurs d'Asie ou de Cilicie pour combattre les pirates ou réduire Mitylène (3) ; il fallait que ce roi dégénéré se proclamât en public Taffranchi des Romains, qu'il se montrât, dans ses orgies, la tête rasée et coiffée du pileus, — le bonnet de la liberté (4), — entouré d'une troupe de mignons où l'on fut étonné de voir mêlé un jour l'héritier d'un des plus grands noms de Rome, le jeune Jules César (5). Le testament de Nicomède fut le couronnement logique de sa vie (6) : il léguait son royaume au peuple romain, comme un affranchi léguait ses biens à son patron. C'était le quatrième héritage de ce genre que Rome était appelée à recueillir depuis soixante ans; mais, d'après une pratique en quelque sorte consacrée, le legs d'un royaume n'était valable que si le testateur ne laissait pas d'héritiers légitimes du sexe masculin ; or Nicomède avait eu de sa femme, une princesse cappadocienne, deux enfants qui étaient
(1) Sources : Appien, Mith. 69-82; Plutarque, LucuUus, 6-18 ; Memnon, c. 37-44; fragments de Salluste et abréviateurs de Tite-Live. Ces événements étaient racontés par Tite- Live dans les livres 93-95 et 97.
(2) Pour l'année : Eutrope VI, 6; Appien, B. Civ. I, 111. II existe aux Musées de Berlin et de Londres un tétradrachme de Nicomède portant la date bithynienne 224 (voir Trois royaumes, pl. VIII, 3, et le Catalogue du Musée Britannique, p. 215, n*^ 8) ; cette année commence en octobre 74 av. J.-C. Nicomède est donc mort entre octobre et décembre 74.
(3) Bithyniens à Mitylène : Plutarque, César, 1. L'ambassade de Verrès (Cicéron, Verr. I, 24, 63) se rapportait sans doute à une expédition contre les pirates.
(4) Plutarque, De fort. Alex. II, 3.
(5) Suétone, Jul. 2; 49; Plut., César, 1 ; Ampélius, 34.
(6) Appien, Mith. 7, 71 ; B. Civ. I, 111 ; Velléius Paterculus II, 41 ; Arrien, fr. 24 Did. (F. H. G. m, 591); Liv. ep. 93 et les abréviateurs (Eutrope VI, 6; S. Rufus c. 11; Ampélius c. 34). Un texte d' Appien {Mith. 7) ferait croire que l'auteur du testament ne fut pas Philopator, mais son petit-fils qui lui aurait succédé ; cependant Philopator ne pouvait guère, en 74, avoir un petit-fils en âge de régner et surtout de faire un testament, et Ampélius affirme positivement l'identité de Philopator, l'ami de César, et du dernier roi de Bithynie. Cf. mes Trois royaumes , p. 121 suiv.