‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 262 sur 417 · ANNEXION DE LA BITHYNIE · texte numérisé non relu

ANNEXION DE LA BITHYNIE

encore en vie : une fille, Nysa, et un fils, Nicomède. Celui-ci fut proclamé roi par ses partisans (1). Mais les droits de cet adolescent n'embarrassèrent pas plus les légataires qu'ils n'avaient arrêté le testateur : on se souvint fort à propos que la reine de Bithynie, sa mère, avait été, dix-huit ans auparavant, condamnée pour adultère ou complot sur la dénonciation de son beau-frère, le bâtard Socrate (2). Malgré l'indignité reconnue du dénonciateur, il n'en fallait pas davantage pour conclure que le jeune Nicomède était un bâtard ou un fils supposé (3). Au surplus , la Bithynie, convoitée, infestée, violée depuis longtemps par les publicains, était avec ses champs, ses villes, ses ports, ses lacs poissonneux (4), un magnifique morceau, bon à prendre et bon à garder; cet argument dispensait de toute autre raison : l'annexion fut décidée à Rome. Le gouverneur d'Asie, M. Juncus, fut chargé de la consommer, et son questeur, Pompéius « le Bithynien » , en prévision d'une guerre prochaine, se hâta d'expédier à Rome une partie des trésors et des objets d'art du feu roi (5). Presque aussitôt, les différentes compagnies de publicains formaient un syndicat pour l'exploitation financière de la nouvelle province (6). L'annexion de la Bithynie équivalait à une déclaration de

(1) La femme de Nicomède Philopator était fille d'Ariarathe (Épiphane), roi de Cappadoce (Licinianus, p. 37), et s'appelait Nysa (Salluste, fr. IV, 20, 9 Kritz : ewm Jilius Nysae, quam reginam appellaverat , genitus haud duble esset"). Ces mots de Salluste, qui feraient croire à une mésalliance, prouvent que l'historien romain a confondu Nysa, femme de Nicomède Philopator, avec Nysa, femme de Nicomède Epiphane (Memnon, c. 30), laquelle était en effet une danseuse (Justin XXXVIII, 5). — Sur la fille de Philopator, Nysa : Suétone, César, 49. Sur le fils, Nicomède : C. I. G. II, 2279, Délos (où il prend simplement la qualité de petit-fils, ëvtyovoç , de Nicomède Épiphane ; cp. C, I. A. III, 555, où le petit-fils d'Antoine et de Cléopâtre, Ptolémée, roi de Maurétanie, s'appelle sKyovoç ntoXejxaîou). Ce Nicomède IV paraît avoir été compté dans les listes officielles des rois de Bithynie, et c'est pourquoi Syncelle, p. 525, 9 et 593, 7, compte 8 rois de Bithynie. La date qu'il assigne à la fin de la dynastie — 21 av. J.-C. — est peut-être celle de la mort de ce prince.

(2) Voir sujjra, p. 114.

(3) Salluste, p. III, 167 Kritz : Quos adcorsum imdti ex Bithjnia volentes occurrere ,falsum filium arguituri.

(4) Cicéron, De lege agraria, II, 15, 40.

(5) Festus s. V. Rutrum (p. 262 Miiller) : Quod sîgnwn Pompeîus Bithynicus ex Bithynia suppeUectilis regiae Romam dejjortavit. C'est le Pompéius Bithynicus souvent nommé par Cicéron, qui était son cadet de deux ans {Brutus, LXVIII, 240; XC, 309; Adfam» VI, 17, 2). Juncus cumula les gouvernements d'Asie et de Bithynie (Vell. Pat. II, 42; Plut. César, 2; A. Gell. V, 13, G). A son départ il ne fut pas remplacé : Lucullus annexa le gouvernement d'Asie à celui de Cilicie (Cicéron, Pro Flacco, XXXIV, 85 : Asiam provinciam consulari imperio obtinuif) et se fit représenter en Asie par un légat propréteur.

(6) Cicéron, Adfam, XIII, 9; De lege agraria, II, 19, 50.

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