‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 263 sur 417 · PRÉPARATIFS DES ROMAINS · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DES ROMAINS

guerre contre Mithridate : c'était, en effet, la rupture de l'équilibre asiatique, si péniblement rétabli par le traité de Dardanos. Rome devenait la voisine immédiate du Pont, TEuxin s'ouvrait à ses flottes, et désormais elle n'aurait qu'à fermer le Bosphore pour ruiner, quand elle le voudrait, le commerce pontique. Accepter une pareille situation eût été, pour Mithridate , signer sa déchéance ; on le comprenait si bien à Rome qu'avant même la mort de Nicomède on s'était préoccupé du choix d'un général pour présider à la lutte imminente. Les contestations sanglantes de l'année 88 faillirent se reproduire à cette occasion. L'un des consuls alors en charge, L. Lucullus, l'ancien questeur et le disciple favori de Sylla, était le candidat des optimates; mais la démocratie avait peu de sympathie pour cet aristocrate invétéré, et d'ailleurs le sort lui avait déjà assigné sa province, la Gaule Cisalpine; enfin Pompée, qui ambitionnait le brillant commandement de la guerre orientale , menaçait de venir le réclamer à la tête des légions d'Espagne. Lucullus fut assez adroit et assez heureux pour triompher de tous ces obstacles. Afin d'enlever tout prétexte à Pompée, il fit voter au Sénat, sans marchander, les subsides réclamés par l'ambitieux général; afin de calmer les démocrates, il oublia sa fierté de grand seigneur jusqu'à faire la cour à la maîtresse du tribun Céthégus, le roi du forum. Le hasard voulut que précisément alors le proconsul de Cilicie, L. Octavius (1), vint à mourir-, Céthégus, désormais tout acquis à Lucullus, lui fit décerner par le Sénat la succession d'Octavius, qui semblait entraîner, par voie de conséquence, le commandement en chef contre Mithridate (2). Toutefois l'autre consul, M. Aurélius Cotta, insista si vivement pour avoir sa part de la victoire, qu'on le chargea du gouvernement de la Bithynie et de la défense de la Propontide. En même temps, le préteur M. Antonius, investi du commandement général des flottes de la République, avec des pouvoirs sans précédent sur toutes les mers, devait entreprendre la conquête de l'île de Crète, principale forteresse de la piraterie et alliée notoire de Mithridate (3).

(1) n s'agit bien de L. Octavius, le consul sortant de 75, et non de M. Octavius, consul en 76 ; cf. Salluste, fragment d'Orléans, p. 133 Jordan.

(2) Plutarque, Luc. 5-6; Pomp. 20 (cp. Salluste, fr. III, l,Kritz; fr. d'Orléans) ; Cic, Farad. V, 3, 40.

(3) Salluste, fr. III, 59; Cicéron, Verr.ll, 3, 8 (et Asconius, p. 206 Or.); Vell. Paterculus II, 31 ; Appien, Sic. 6 ; etc.

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