ENTRÉE EN CAMPAGNE
Les deux consuls s'empressèrent de se rendre dans leurs gouvernements respectifs, afin de rassembler leurs forces en prévision de l'attaque de Mitliridate. Cotta leva une flotte chez les alliés d'Asie; LucuUus emmena d'Italie une légion de conscrits, à laquelle devaient se joindre les deux légions Fimbriennes, toujours cantonnées en Asie, et les deux légions de Cilicie, qui avaient fait les rudes campagnes de Servilius Tlsaurien. Il n'eut pas trop des derniers mois de l'hiver pour mobiliser ces troupes, pour rétablir la discipline fortement ébranlée parmi les Fimbriens, et surtout pour calmer, par quelques mesures d'urgence, l'effervescence redoutable des Asiatiques, poussés à bout par les exactions des publicains et des usuriers (I).
De son côté, Mithridate avait mis à profit les derniers mois qui le séparaient de l'entrée en campagne pour achever ses préparatifs militaires et son faisceau d'alliances : ce fut sans doute pendant cet hiver que furent signés les traités définitifs avec Sertorius et les Crétois. Dès le début du printemps 73, sans déclaration de guerre préalable, les armées pontiques ouvrirent les hostilités sur deux points à la fois. Un corps, commandé par Diophante, fils de Mitharès, eut mission d'occuper la Cappadoce, de mettre garnison dans les places de ce royaume et de fermer ainsi à Lucullus le chemin du Pont; avec le gros de l'armée et de la flotte, le roi lui-même se dirigea vers la Bithynie, après avoir fait à Poséidon le sacrifice solennel d'un char attelé de quatre chevaux blancs (2). Son armée de terre, commandée en sous-ordre par
(1) Ordinairement on admet que les hostilités commencèrent au printemps 74 et que les deux consuls furent envoj-és à la guerre pendant leur année de charge, ce qui, à cette époque, serait tout à fait insolite. On s'appuie sur Tep. 93 de Tite-Live et sur Eutrope VI, (> qui qualifient, en efïet, Lucullus et Cotta de consuls au moment des premiers engagements; de même Cicéron, Pro JMurena, XV, 33 : duohus consulibus ita mistiis ut alter Mithrulatem persequeretur, alter Bith/niam tueretm: Mais je pense qu'il n'y a là qu'une façon de parler incorrecte, d'ailleurs fréquente (Liv. XXVI, 33; Cic, Ve7'7\ II, IG, 39, etc.) : les monnaies nous ont appris que Nicomède moixrut à lajin de. 74, donc l'invasion pontique n'eut lieu qu'au début de 73 ; en outre, le récit de Plutarque montre bien que la Cilicie fut substituée au gouvernement que Lucullus aurait dû occuper régulièrement à l'expiration de son consulat. Cf. en outre Cicéron, Acad. prior. II, 1, 1 : Consulatum ita gessit (Lucullus) ut... (idmirarentur omnes; post ad Mithridaticum hélium inissus a senatu, etc.; Velleius Paterculus, II, 33 : L. Lucullus... ex consulatu sortitus Asiam (lire Ciliciani). Si Lucullus s'arrêta en Asie, c'est que tous les proconsuls de Cilicie descendaient à Ephèse, — Ramsay, Bull. corr. hell. VII , 298, — et qu'il avait un imperium ma/us sur le propréteur de cette province. Il paraît avoir fait route par la Grèce et notamment par Chéronée (Plut., Cimon , 1-2).
(2) Appien, Mith. 70. Ce sacrifice est également mentionné par Sidoine Apollinaire XIX, 158 ; il était représenté sur l'un des tableaux de la villa de Ponce Léon.