‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 269 sur 417 · ASSAUT REPOUSSÉ · texte numérisé non relu

ASSAUT REPOUSSÉ

perdu moins de 10 navires et de 3,000 hommes. L'armée royale, survenant à l'improviste, eut effectivement le temps de s'emparer des ponts et du faubourg même de Cyzique (1); puis elle fit promener sous les murailles du port des bateaux chargés de prisonniers, qui tendaient vers leurs concitoyens des mains suppliantes. Mais ces moyens d'intimidation échouèrent : Cyzique, depuis longtemps l'alliée fidèle de Rome, avait confiance dans le triomphe final des armes romaines, et le chef du gouvernement, le premier stratège Pisistrate , se contenta de souhaiter du haut des murs bon courage à ses compatriotes qui avaient eu le malheur de se laisser prendre (2). Mithridate fit alors passer dans l'île toute son armée et son magnifique parc de siège , œuvre du Thessalien Niconidas. Dix camps furent établis autour de la place; on la bloqua hermétiquement, du côté de la terre par une ligne de circonvallation , du côté de la mer par une double estacade, qui laissait à peine un étroit goulet pour le passage des navires d'attaque. La flotte surveillait les deux golfes séparés par l'isthme artificiel dont nous avons parlé. Ces dispositions prises, l'armée royale donna l'assaut le même jour par terre et par mer. Par mer, deux quinquérèmes conjuguées, portant une tour, réussirent à forcer l'entrée du port et jetèrent le grappin sur le mur; déjà même quatre soldats avaient pris pied sur le parapet, mais les défenseurs les délogèrent et un déluge de brandons et de poix enflammée mit bientôt la tour hors de service. Par terre, la lutte fut plus acharnée : tortues porte-béliers, tours mobiles, hélépole de cent coudées de hauteur, sur laquelle s'élevait une autre tour, l'attaque mit tout en œuvre; mais les Cyzicéniens avaient garni leurs murailles de fascinages de laine contre les engins de percussion , de matelas imbibés d'eau vinaigrée contre les projectiles incendiaires; des mains de fer s'abattaient sur les béliers, des cabestans tordaient les poutres de fer; on roulait des quartiers de roc sur les colonnes d'assaut. Un engin nouveau, destiné au même usage, fit même son apparition; il se composait de couples de roues de. fer, jointes deux à deux par leurs moyeux, et projetant des pointes longues de deux pieds comme d'énormes hérissons. Du haut des murs, les vieillards et les enfants encourageaient les assiégés par leur présence et leurs exhortations.

(1) Strabon XII, 8, 11^

(2) Frontin IV, 5, 21.

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