OBSCURITÉ DE L'HISTOIRE DU PONT
cha vainement à franchir le Taurus et à se frayer une issue vers la mer. Cet État purement continental, où Thellénisme devait avoir beaucoup de peine à pénétrer, s'appela ordinairement Cappadoce tout court; pour le distinguer de son voisin du nord, on le nommait aussi quelquefois Grande-Cappadoce ou Cappadoce taurique (1).
Le royaume des Mithridate a grandi presque silencieusement. Pendant deux siècles, il fut éclipsé, non seulement par les deux grandes dynasties macédoniennes de l'Asie, — Séleucides et Ptolémées, — mais encore par les deux petits royaumes de Pergame et de Bithynie; nés à peu près en même temps que lui, ces deux États avaient l'avantage d'être plus riches en éléments helléniques et surtout plus rapprochés de la Méditerranée,, le grand axe de la civilisation antique. C'est seulement sous son dernier roi que le Pont se révéla tout d'un coup à l'Occident comme une grande puissance dans toute la force du terme, armée de pied en cap, pourvue de ressources immenses, appuyée sur l'attachement raisonné des populations. Cette brillante entrée en scène surprit les contemporains, ignorants du travail obscur, de la lente et patiente préparation qui l'avait précédée. Notre ignorance est pareille à la leur, encore que notre curiosité soit plus exigeante; après le naufrage des histoires particulières, après les avaries des histoires générales , c'est à peine s'il nous est parvenu assez de documents, ou plutôt d'épaves flottantes, pour reconstituer la liste des premiers rois du Pont, esquisser leur physionomie et indiquer brièvement les résultats de leur politique jusqu'à l'avènement de Mithridate Eupator.
Au physique, comme au moral, les Mithridate du Pont sont bien les héritiers des Mithridate de Cios. Comme ceux-ci , taillés dans le roc, ils dépassent presque tous les limites ordinaires de la vie humaine et leur virilité se prolonge jusqu'au tombeau. Les 180 ans qui s'écoulèrent entre Vhégire du jeune Mithridate Ctistès (301 av. J.-C.) et l'avènement de Mithridate Eupator
un dynaste spécial, APIAO... (^Trols royaumes ^ p. 32). Quant à la Mélitène, elle ne fut probablement acquise qu'après la retraite des Séleucides, en 189.
(1) Trjv (xÈv i8£w; KaTtTCaSo/.iav wvofJLaaav xal Tipôç xw TaOsw xai vy; Ai'a |X£Yà)7]v KanTtaoo/.îav, Strabon XII, 1, 4. C'est donc à tort que Constantin Porphyrogénète appelle Grande- Cappadoce l'ensemble des deux royaumes {De themat. 1, 2) et s'appuie sur l'autorité de Polybe (fr. inc. 10) qu'il n'a pas compris.