VAINS EFFORTS DE MITHRIDATE DEVANT CYZIQUE
de secours et pendant quelque temps, en effet, les avant-postes pontiques réussirent à leur faire croire que le camp romain qu'ils avaient sous les yeux était une armée de Mèdes et d'Arméniens, envoyés par Tigrane pour prêter main-forte à Mithridate; mais un jour, un soldat romain, monté sur une périssoire improvisée, parvint à dépister la croisière pontique, pénétra dans le port de Cyzique et révéla la vérité (1). Un peu plus tard, Lucullus s'emparait d'une grosse chaloupe sur le lac Dascylitis , la faisait descendre sur un chariot vers la mer et jetait ainsi quelques troupes romaines dans Cyzique. Les bourgeois reprirent courage et repoussèrent plus que jamais toute idée de capitulation. En vain Mithridate, retranché sur le mont Dindymos, dirigea contre la place des travaux d'approche réguliers , une levée de terre hérissée de batteries, des galeries, des mines. Les assiégés ne restèrent pas oisifs : aux mines ils opposèrent des contre-mines, ils ébranlèrent les fondations de la levée , firent de brusques et heureuses sorties, brûlèrent les machines du roi; chaque jour on se battait sur terre et sous terre. Le roi, qui se prodiguait comme à l'ordinaire, faillit une fois être pris. Un centurion romain, chargé de diriger les travaux souterrains des assiégés, fit semblant d'écouter les propositions des officiers pontiques et offrit de livrer la ville si Mithridate descendait lui-même dans la galerie pour s'aboucher avec lui. Le roi se rendit à l'invitation, mais il prit la précaution de se tenir dans une cage qu'un mécanisme habilement disposé permettait de fermer instantanément; quand le centurion et ses complices se jetèrent sur lui en tirant l'épée, la trappe s'abattit brusquement : le roi fut sauvé, mais l'armée était perdue (2).
Pendant que Mithridate s'épuisait en vains efforts devant une forteresse imprenable, la lutte se poursuivait, dans les provinces intérieures, avec des chances diverses. Eumaque, détaché au lendemain de la victoire de Chalcédoine avec un gros corps d'armée, avait fait d'abord une brillante campagne; il conquit à la
(1) Ce stratagème est raconté par Salluste, fr. III, 20, et d'après lui par beaucoup d'auteurs (Frontin III, 13, 6; Florus 1, 40; Orose VI, 2; Sidoine Apollinaire XIX, 1G7, éd. Baret). Il est remarquable que ni Appien ni Plutarque n'en disent mot. D'après ce dernier, la nouvelle de Tarrivée de Lucullus fut apportée à Cyzique d'abord par Démonax, envoyé d'Archélaos, ensuite par un esclave captif qui s'était évadé du camp royal.
(2) Diodore, fr. Escor. 33 (F. H. G. II, p. xxiv.) Il est fait allusion à cet épisode par Strabon XII, 8, 11.