FAMINE, PESTE ET MASSACRES
de somme, s'amoncelaient sans recevoir de sépulture; les hommes, démoralisés, affamés étaient réduits à se nourrir d'herbes malsaines et d'autres aliments inusités ; on vit même des malheureux se jeter sur la chair humaine. Bientôt Tair, puis l'eau, puis les fourrages s'empestèrent; la mort sévit sous toutes ses formes (1) , le camp présenta Faspect sinistre d'un vaste charnier. Mithridate s'obstinait toujours. Les généraux lui cachèrent jusqu'au dernier moment le véritable état des choses; quand il le connut, il se résigna, trop tard, à préparer la retraite. Mais si cette détermination était plus que jamais nécessaire, l'exécution en était devenue singulièrement difficile. On n'avait pas assez de vaisseaux pour embarquer tout le monde; d'autre part, comment passer sur le ventre de Fennemi intact avec une armée affaiblie, découragée, alourdie par les milliers de bouches inutiles et d'éclopés qu'elle traînait après elle? Cependant il fallait se hâter, car le manque absolu de fourrages ne permettait plus d'entretenir la cavalerie. On réunit alors tous les chevaux, chameaux et autres bêtes de somme, on y joignit les hommes du train et tous les non combattants , et l'on évacua cet énorme convoi , sous bonne escorte, vers la Bithynie. Lucullus s'était absenté de son camp pour assiéger une bicoque située dans une direction opposée, et l'on espérait le gagner de vitesse; mais le général romain, averti pendant la nuit, rebroussa chemin en toute hâte, ramassa dix cohortes , toute sa cavalerie , et se lança à la poursuite de la colonne. Ce fut une rude marche, à travers la neige, où les Romains semaient leurs traînards; mais ils atteignirent les fuyards au passage du Rhyndacos. Là, il n'y eut plus qu'à tuer. L'),000 prisonniers, 6,000 chevaux, un butin énorme tombèrent aux mains (lu vainqueur; le soir, les femmes d'Apollonie vinrent dépouiller les cadavres (hiver 73-72) (2).
Après ce dernier revers, il ne s'agissait plus, pour Mithridate, de retraite, mais de fuite. On embarqua tout ce qui put tenir sur les navires, pendant la nuit, au milieu d'une confusion inexpri-
(1) Salluste, fr, III, 27 Kritz : Primo aerem , inde aqiiam, 7>ai«/rt esse corrujda; fr. 28 : morhi grares oh inediam insolita vescentibus; fr. 29 : ne simjiUci quideni morte mnriehantur.
(2) Cp. Sidoine Apollinaire, XXII, 511 et XIX, loc. cit. : invidet obsesso miles Mithridatîcus hosti; Élien, fr, 12 Hercher, 108 Didot (Suidas, s. v. eÙ£p{xîa). J'ai donné les chiffres d' Appien ; Memnon ne compte que 1 3,000 prisonniers et place , évidemment par erreur, ce combat au début du siège.