LEVÉE DU SIÈGE DE CYZIQUE
mable; le reste des troupes valides, réduit à 30,000 hommes, se dirigea vers Lampsaque sous les ordres de Marius et d'Hermaios (1). Les tentes furent abandonnées au pillage, les malades et les blessés au massacre. Même à ce prix, la retraite ne put s'effectuer sans de graves désastres. L'^sèpe et le Granique, qu'il fallait traverser, étaient enflés par la fonte des neiges, et pendant que les troupes s'attardaient au passage, Lucullus survint et leur tua encore 11,000 hommes. Les misérables débris de la grande armée trouvèrent un asile momentané derrière les murs de Lampsaque où Lucullus les assiégea; il fallut que la flotte, qui avait jeté l'ancre à Parion, détachât des navires pour les recueillir et, avec eux, toute la population de Lampsaque (printemps 72) (2).
Rarement une campagne, commencée sous de plus brillants auspices, s'était terminée par un plus complet et plus misérable avortement : des 150,000 hommes qui avaient franchi au printemps précédent la frontière de Bithynie, il en restait, au bout d'un an de guerre, à peine 20,000 sous les drapeaux. La flotte avait également éprouvé des pertes considérables : devant Cyzique, puis à la hauteur de Parion, où elle paraît avoir fait un séjour prolongé (3), la tempête fracassa des centaines de vaisseaux. Pour comble de malheur, on apprenait la mort de Sertorius, assassiné en Espagne au commencement de l'année 72 : avec lui disparaissait et l'espoir chimérique d'une double invasion combinée contre l'Italie, et, chose plus grave, le semblant de légalité que Mithridate avait pu donner jusqu'alors à ses conquêtes en Asie. Les agents de Sertorius, Magius, Fannius, ne tardèrent pas à se considérer comme dégagés envers Mithridate et cherchèrent à faire secrètement leur paix avec le vainqueur (4).
(1) Tlermaios (nommé par Memnon) est sans doute le père ou le fils de Gaios, camarade d'enfance de Mithridate (insc. n° 9<l à l'Appendice).
(2) Les pertes totales de Mithridate pendant le siège de C3^zique sont évaluées par Cicéron à 100,000 hommes, par Orose et Plutarque à 300,000 (?). Je renvoie à Plutarque et à Obsequens pour les prodiges (songe du greffier Aristagoras , apparition de Minerve à Ilion, etc.). Le plus célèbre, celui de la vache de Proserpine, est aussi rapporté par Appien et Porphyre, De abstinentia , T, 25. Les Cyzicéniens créèrent des Jeux lucuUiens en commémoration de la victoire de Lucullus (Appien, Mith. 76) et reçurent des Romains un important accroissement de territoire sur le continent asiatique.
(3) Salluste, fr. IV, 20, 14 : Naufragiis apud Parium... De nombreux tétradrachmes de Mithridate des années pontiques 224 (74-73 av. J.-C.) et 225 (73-2 av. J.-C), sans indication de mois , paraissent avoir été frappés à Parion. Le roi y avait sans doute installé les services auxiliaires de l'armée.
(4) Appien, 3Hth. 72; mais Appien se trompe certainement en plaçant les négociations