CAMPAGNE NAVALE
Dans ces conditions, on ne peut assez s'étonner de l'acharnement avec lequel le roi de Pont, transportant désormais le théâtre de la guerre sur la mer,prolongea la lutte pour la Bithynie pendant plus de six mois encore. Avec le gros de sa flotte, il parcourut la Propontide, pillant le temple d'Artémis à Priape, assiégeant Périnthe, menaçant Byzance qui était restée fidèle à l'alliance romaine (1). Une seconde escadre, montée par 10,000 hommes d'élite et commandée par Marins, fut dirigée vers la mer Égée pour rallier les détachements qui revenaient d'Espagne et de Crète. La nouvelle de la réapparition du pavillon pontique dans les eaux grecques causa une véritable panique à Rome. On n'avait pas d'escadre à opposer à Mithridate : celle de Cotta avait été détruite à Chalcédoine, celle d'Antonius battue en Crète; déjà l'on voyait l'Italie menacée (2), et le Sénat vota d'urgence 3,000 talents à Lucullus pour bâtir une Hotte. Ces alarmes étaient exagérées. Lucullus refusa l'argent et se fit fort de nettoyer la mer Égée avec le seul concours des alliés d'Asie (3). En quelques semaines, il eut réuni, en effet, une escadre capable de tenir la mer et partit d'Ilion à la recherche des Pontiques. Treize quinquérèmes s'étaient attardées au mouillage des Achéens, en face de Ténédos; l'amiral romain les surprit, captura tous les bâtiments et tua leur commandant, le célèbre pirate Isidore (4). Le reste de l'escadre pontique avait relâché, devant le mauvais temps, à l'îlot désert de Néai (5), près de Lemnos. Lucullus vint l'y attaquer. Les Pontiques tirèrent leurs vaisseaux à terre et se défendirent vaillamment en tirant du haut des tillacs; mais le Romain fit le tour de l'îlot, et jeta à terre quelques compagnies d'élite qui assaillirent les Royaux par derrière. Les capitaines coupèrent alors précipitamment les amarres et gagnèrent la haute mer:
secrètes de Magius avec Lucullus au début du siège de Cyzique, époque où Sertorius était encore en vie.
(1) Byzance fournit des secours à Lucullus : Tacite, Ann. XII, 62. Cicéron, De pror. cous. IV, 6, fait un magnifique éloge de la conduite des Byzantins, qui leur valut le rang de ciritas libéra.
(2) Cicéron , Pro Murena XV, 33 : cum contento cursu, acerrimis ducibus, hostiiim classi-f Italiam spe atque animis inflata peteret. Ces paroles n'indiquent pas le plan de Mithridate , mais sont un écho des terreurs de Kome.
(3) Par exemple Milet fournit la galère dicrote Parthénos (inscr. n» 14).
(4) Probablement le même qui avait battu Servilius Isauricus (Florus I, 41, Halm). Ce combat est appelé incredibilis par Cicéron, Pro Archia, IX, 21.
(5) Salluste III, 34 : Tota autem insula modica et cidtoribus inanis est. Cf. Pline II, 87, 202.