RECONQUÊTE DE LA BITHYNIE PAR LES ROMAINS
cependant 32 navires furent pris ou coulés, et la fleur des émigrés romains, abandonnée dans Tîle, périt en combattant. L'amiral pontique et ses deux lieutenants, Teunuque Denys et le Paphlagonien Alexandre, s'étaient réfugiés dans une caverne; les Romains les y découvrirent le lendemain. L'eunuque s'empoisonna. Marins fut passé par les armes après avoir subi les derniers outrages; seul, Alexandre fut réservé pour la pompe triomphale (1)
Pendant que la mer Égée était le théâtre de ces luttes épiques, l'armée romaine avait commencé la reconquête de la Bithynie. Aucune troupe pontique n'y tenait la campagne, mais les garnisons que Mithridate avait installées dans ,les villes opposèrent une vigoureuse résistance aux légats de Lucullus, Triarius et Barba (2). Cependant, lorsque la population d'Apamée (Myrléa) eut été égorgée dans ses temples par le vainqueur exaspéré (3) , lorsque Prusa de l'Olympe eut été prise d'assaut, les autres villes s'épouvantèrent : Prusias-sur-mer, l'ancienne Cios, berceau de la dynastie des Mithridate, chassa sa garnison et ouvrit ses portes; à Nicée, les bourgeois prirent une attitude si menaçante que les Royaux décampèrent pendant la nuit et se retirèrent à Nicomédie. Là se concentrèrent tous les détachements épars de l'armée pontique; Mithridate lui-même, après le médiocre succès de ses tentatives sur la côte de Thrace, déjouées sans doute par la proximité de l'armée de M. Lucullus, vint y jeter l'ancre avec sa flotte. Aussitôt Triarius se disposa à mettre le siège devant la ville; et Cotta, dont on n'avait pas ouï parler depuis un an, devenu enfin libre de ses mouvements , sortit de Chalcédoine ou de Byzance et s'avança de son côté jusqu'à 150 stades de Nicomédie. Lucullus,
(1) Pour ce combat, Orose VI, 2, 21-2, ajoute quelques détails aux récits de Plutarque et d'Appien.
(2) Orose attribue faussement à Lucullus la prise des villes bithyniennes. Parmi les légats de Lucullus , Voconius et Barba sont inconnus (Drumann les confond sans raison ; le cognomen Barba se rencontre dans les familles Cassia, Scribonia, etc. ,), Triarius est C. Valerius Triarius , qui s'était déjà distingué en Sardaigne dans la guerre contre Lépide (78-7 av. J.-C). Cf. Asconius, in Scaurianam , p. 19 Orelli : P. Valerio Triario...Jilio ejus qui in Sardinia contra M. Lepidum arma tulerat et post in Asia Pontoqiie legatus L. Luculli fuerat cum is hélium contra Mitliridatein gereret. Pour le prénom cp. inscr. n" 14, Liv. ep. 94, Phlégon, fr. 12. On l'a identifié à tort avec L. Valerius Triarius, questeur urbain en 81 av. J.-C. (Cic, Verr. acc. L 14, 37).
(3) Ce fut à la prise de cette ville que fut fait captif le poète Parthénios , le maître de Virgile (Suidas , s. v.). Je ne sais qui est le Cinna qui s'empara de lui ; ce n'est certainement pas le fils du célèbre démagogue, L. Cinna, alors proscrit.