FUITE DE MITHRIDATE DANS LE PONT
averti de ces mouvements, avait détaché Voconius avec une partie de la flotte pour fermer l'entrée du golfe de Nicomédie. Un peu plus, Mitliridate, pris dans une souricière, se voyait obligé de mettre bas les armes. Mais, comme à Pitané treize ans auparavant, Tégoïsme de ses adversaires le sauva; par un piquant retour de la destinée , Voconius manqua à Lucullus , comme Lucullus avait manqué à Fimbria : Tamiral romain s'attarda à Samothrace, — pour s'initier, dit-on, aux mystères des Cabires, — et quand il parut dans la Propontide, Mitliridate avait déjà embarqué ses troupes, forcé le passage et dit adieu pour jamais à la Bithynie.
Le dernier chapitre de la retraite ne fut pas d'ailleurs le moins désastreux. A peine la flotte était-elle sortie du Bosphore, qu'une tempête violente s'éleva, balayant sur la mer les navires désemparés et jonchant la côte de débris et de cadavres : en quelques heures soixante vaisseaux (1), 10,000 hommes périrent. Le vaisseau amiral, qui avait des avaries profondes, ne pouvait atterrir à cause de son fort tonnage. Mithridate, malgré les instances de ses courtisans, sauta dans la « souris de mer » du pirate Séleucos, qui le déposa loyalement à l'embouchure du fleuve Hypios, sur la côte des Mariandynes. Là, tandis que Mithridate ralliait les débris de sa Hotte, la fortune lui apporta, après tant de déboires, une consolation inespérée. Le stratège d'Héraclée, Lamachos, lié avec lui d'ancienne date, lui ouvrit les portes de sa ville, profitant d'une belle journée d'été pendant laquelle les habitants banquetaient au dehors. Le lendemain, Mithridate harangua la population d'Héraclée , acheta les principaux magistrats et décida la prudente république, qui avait dédaigné son alliance pendant que ses affaires étaient florissantes, à s'envelopper dans sa ruine. Une garnison de 4,000 mercenaires, sous le Gaulois Connacorix, fut laissée dans la place; Mithridate lui-même regagna Sinope, puis Amisos, en naviguant à la cordelle, déposant des troupes dans les principales places de la côte en prévision d'un siège imminent.
Il n'y avait pas, en effet, d'illusion à se faire : avec un adversaire comme Lucullus, on devait s'attendre à voir les légions romaines sur la rive droite du Halys avant la fm de la saison.
(1) 80 suivant Orose.