AMBASSADES DE MITHRIDATE
Sans flotte, sans armée, comment faire face à cette invasion? Mithriclate, si médiocre pendant la dernière campagne, fut ici admirable d'énergie et de sang-froid. Laissant à ses capitales le soin de se défendre elles-mêmes, il s'occupa d'organiser la résistance nationale dans le cœur du son royaume, de réunir une nouvelle armée à l'abri du triangle stratégique que formaient les forteresses d'Amasie sur l'Iris, de Cabira sur le Lycos et d'Eupatoria au confluent des deux rivières. En même temps, il envoyait demander du secours à son flls Macharès, vice-roi du Bosphore, aux Parthes, à Tigrane, roi d'Arménie. Mais la défaite, comme toujours, fit*le vide autour du vaincu. Les propres ambassadeurs de Mithridate le trahirent. Dioclès, envoyé auprès des princes Scythes porteur de sommes considérables, s'enfuit avec son argent chez Lucullus; Métrodore de Scepsis, dépêché auprès de Tigrane, trouva l'imprévoyant despote plein d'hésitation et répondit à son interrogation confidentielle : « Comme ambassadeur, je dois solliciter votre aide; comme ami, je vous déconseille de l'accorder (1). » Malgré les supplications de sa femme, Cléopàtre , fille de Mithridate , Tigrane se borna à une vague promesse de secours et continua à prendre des bicoques en Syrie , pendant que les destins de l'Asie se jouaient sur l'Iris. Macharès ne montra pas plus d'empressement; prêtant l'oreille à des conseils perfides, il n'attendait qu'une occasion pour jeter le masque et faire sa paix séparée avec Rome. Dans le Pont même, si les populations restèrent fidèles, les défections furent nombreuses parmi la noblesse : Dorylaos, comblé des bienfaits de Mithridate, fut surpris en correspondance secrète avec les Romains et mis à mort (2) ; le grand-père de Strabon livra 15 forteresses à Lucullus; le prince .Dandarien Olthac, le prince scythe Sobadoc, Phénix, parent du roi, trahiront l'un après l'autre.
(1) Plut., Luc. 22: Strabon XIII, 1. 55. Il paraît que Mithridate soupçonnait depuis longtemps la perfidie de Métrodore, puisque, d'après Plutarque, on trouva un arrêt de mort à son nom au Château-Neuf. On a supposé non sans vraisemblance qu'il avait déjà figuré parmi les ambassadeurs de Mithridate auprès de Muréna, qui diffamèrent leur maître (Memnon, c. 36). A la seconde ambassade de Métrodore doit se rattacher le texte de Salluste, fr. III, 87 : non tu scisj si quas œdes ignis cepit acriter, haud facile sunt defensu quin et comhurantur proxinui'. C'est de là qu'Horace a tiré son vers : tua res agitur paries cmn proximus ardet.
(2) Strabon XII, 3 , 33. Ce fut probablement à la suite de la trahison de Dorylaos que Mithridate fit mourir son cousin Tibios et Théophile, fils de Tibios; ces exécutions servirent de prétexte à la trahison de Taïeul de Strabon. D'après Plutarque {Luc, 17) Dorylaos périt seulement dans la catastrophe de Cabira.