INVASION DU PONT PAR LUCULLUS
Retournons maintenant en Bitliynie, où, sitôt après le départ de la flotte pontique , Nicomédie avait ouvert ses portes. Les généraux romains y tinrent un conseil de guerre. Quelques-uns, alléguant la grande fatigue des troupes qui avaient passé Thiver précédent dans la boue et la neige , étaient d'avis d'ajourner l'offensive à l'année prochaine; Lucullus se décida pour l'action immédiate. On se partagea les rôles. Cotta entreprit de réduire Héraclée; Triarius, avec la flotte, forte de 70 voiles, devait croiser dans l'Hellespont pour intercepter les escadres pontiques à leur retour d'Espagne et de Crète; Lucullus lui-môme, à la tête de ses légions victorieuses, prit le chemin du Pont.
La traversée de la Bithynie et de Galatie dura trois mois et fut extrêmement pénible; le pays était dévasté et l'on serait mort de faim sans 30,000 Galates fournis par Déjotaros, qui accompagnaient l'armée en portant chacun un médimne de farine. Mais une fois le Halys franchi , les Romains entrèrent dans un pays fertile, admirablement cultivé et épargné par la guerre depuis un siècle, sauf les courtes razzias de Muréna. Une abondance fabuleuse de bétail et d'esclaves régna dans le caaip romain; c'était le gaspillage succédant à la misère. Le plat pays n'opposa du reste aucune résistance; les bourgades, les châteaux forts ouvraient leurs portes. A la grande indignation du troupier, Lucullus recevait tout le monde à composition (1) et interdisait sévèrement le pillage. Contre l'avis de ses lieutenants, il ne marcha pas directement sur le triangle stratégique où Mithridate rassemblait ses forces; laissant Sinope à gauche et Amasie à droite, il se dirigea vers les magnifiques districts agricoles traversés par le delta de l'Iris et fit de son armée deux divisions qui assiégèrent Amisos et Thémiscyre. Les deux forteresses opposèrent une résistance imprévue ; de son quartier général de Cabira, Mithridate y fit passer plusieurs fois des renforts et des vivres. L'automne, puis l'hiver se passèrent sans aucun résultat décisif; pour la seconde fois, les légionnaires romains hivernèrent dans la tranchée (2).
(1) Salluste III, 42 : castella, cmtodias thesaurorum in deditiomm acciperent.
(2) D'après phlégon de Tralles, fr. 12 (F. H. G. III, GOG), Lucullus aurait passé l'hiver de la année de l'Ol. 177 (juillet 72-71) devant Cabira, laissant Muréna devant Amisos ; mais les récits d'Appien et de Plutarque montrent qu'il ne s'enfonça dans l'intérieur du Pont qu'au début du printemps 71. Au reste il faut peut-être corriger le texte ainsi : Upo^yEV ÈTri Kaêeipwv, ottou ouyd[La.Zt [MiGpiôaTy];]. Les renseignements d'Appien sur les nombreux combats singuliers livrés devant Amisos sont peu d'accord avec le frag-