‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 281 sur 417 · DÉFAITE DE LA CAVALERIE PONTIQUE · texte numérisé non relu

DÉFAITE DE LA CAVALERIE PONTIQUE

avaient été dévastées par Tinvasion (1). Restait la Cappacloce ; c'est de là que les Romains étaient désormais forcés de faire venir leurs approvisionnements sous la protection de fortes colonnes d'infanterie. Lorsque Ménandre, général de la cavalerie pontique, s'attaqua au premier convoi de ce genre, le légat Sornatius, qui accompagnait les fourgons avec dix cohortes, repoussa les Royaux en leur infligeant de grosses pertes. Taxi le et Diophante résolurent dès lors d'agir avec plus de précaution. Ayant appris que le légat M. Fabius Hadrianus (2) amenait de Cappadoce un second convoi de blé, encore plus considérable que le précédent, ils placèrent en embuscade 2,000 chevaux d'élite et 1,000 hommes d'infanterie près d'un défilé que le convoi devait nécessairement traverser. Malheureusement les généraux chargés de l'opération, Myron et Ménémaque, n'eurent pas la patience d'attendre que le convoi eût débouché dans la plaine : ils le chargèrent dans le défdé même. Les 5,000 fantassins (3) qui l'accompagnaient firent bonne contenance; l'infanterie pontique, accourue au bruit du combat, se laissa envelopper et tailler en pièces (4).

Quelques rares fugitifs, — deux seulement, dit-on, — se sauvèrent du massacre et vinrent l'annoncer à Mithridate. Le roi fut atterré : ce n'était qu'un échec partiel, mais sa cavalerie, qui faisait la force principale de son armée, était à moitié anéantie; de plus, il fut impossible de dissimuler aux troupes le désastre, car le lendemain matin le légat Hadrianus défila triomphalement en VHC du camp pontique avec ses fourgons chargés de blé et de butin. Le roi décida alors de battre en retraite vers la Petite Arménie avant que Lucullus pût se rendre compte de l'importance de son succès. Le départ fut fixé au lendemain; l'ordre, tenu secret, communiqué confidentiellement aux officiers supérieurs et aux courtisans intimes, les « amis du roi ». C'était une faute, dont les

(1) Salluste m, 38 : At Lucullum régis cura machinata famés hrevi fatigahat. IV, 20, là : inopia ambos iacessit,

(2) Les auteurs le nomment ici simplement Hadrianus, mais il est clairement identique au légat Fabius nommé un peu plus tard (Appien, MitJi, 88, 112). Il était probablement le fils de C. Fabius Hadrianus brûlé vif à Utique en 82 av. J.-C. (Ps. Asconius ad Verr. I, 27; p. 179 Or.). •

(3) Chiffre donné par Eutrope VI, 8. Quant à ses 30,000 Pontiques, c'est probablement le chiffre total de l'armée de Mithridate.

(4) Salluste fr. IV, 3 : simul eos et cunctos jam încUnatos laxîtaie loci idures cohortes at' </ue omnes, ut in secunda re, pariter acre invadunt.

DÉROUTE DE CABIRA.

conséquences furent irréparables. Les gros personnages de Fétatmajor avaient Thabitude d'emporter en campagne tout un attirail de luxe, services de table, étoffes, vaisselles précieuses, qui leur tenait au cœur au moins autant que le salut de l'armée; ils voulurent profiter de la dernière nuit pour charger et évacuer ces coûteux bagages. Voitures et valets se pressèrent vers les portes, chacun cherchant à passer le premier. Cette cohue, ce tapage éveillent les soldats; ils sortent de leurs tentes, accourent au bruit. « Les grands chefs nous quittent, nous sommes trahis » , telle est la nouvelle qui circule bientôt. En un clin d'œil le camp est debout, le mot de catastrophe sur toutes les lèvres. Vainement les officiers cherchent à rassurer les esprits ; la soldatesque affolée se rue sur les équipages d'état-major, massacre les conducteurs, renverse et pille les fourgons; le sacrificateur Hermaios périt foulé aux pieds dans la bagarre. Le roi, tardivement averti, s'élance de sa tente et tâche d'arrêter la panique; mais il est luimême entraîné par le torrent; il aurait péri si l'eunuque Ptolémée, l'apercevant dans la foule, ne lui avait donné son cheval. Alors, il gagne la route du sud et s'enfuit vers Comana avec 2,000 chevaux et son trésor de guerre, laissant l'armée à son destin (1).

Au point du jour, Lucullus, informé du mouvement extraordinaire qui se voyait dans le camp asiatique, mena ses troupes à l'assaut; aucune résistance ne fut opposée : le camp fut pris sans coup férir (2). On avait donné l'ordre de ne commencer le pillage qu'après l'extermination de l'ennemi; mais devant les fourgons éventrés qui obstruaient les avenues, devant les trésors qui jonchaient le sol, les vieux Fimbriens retrouvèrent leurs appétits d'autrefois; ils laissèrent se disperser les débris de l'armée vaincue et se ruèrent sur le butin. La cavalerie, sous M. Pompéius , chargée

(1) J'ai suivi dans le texte les récits concordants d'Appien et de Plutarque; d'après Memnon , ce n'est pas Mithridate , mais Taxile et Diophante, qui auraient été les auteurs du désastre : eux seuls commandaient au camp , Mithridate étant demeuré au quartier général de Cabira, et c'est leur départ précipité qui amena la panique et la dissolution de l'armée. Mithridate, averti par ses lieutenants, s'enfuit alors secrètement de Cabira. Cette dernière version , précisément parce qu'elle est moins dramatique , pourrait être plus proche de la vérité ; des détails notoirement faux (comme la mort de Dorylaos) rendent très suspect le récit de Plutarque, où l'on sent peut-être la main du poète Archias. Voir mon livre 7A' Archîa j^oeta^ p. ô3.

(2) Salluste IV, 4 : ita castra sine volnere introitum. L'ep. 97 de Tite-Live parle, au contraire, de 60,000 ennemis tués!

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