MITHRIDATE CHEZ TIGRANE
Le prince à qui Mitliridate , vaincu et fugitif, venait demander asile et appui, était alors le roi le plus puissant de l'Asie antérieure. Son empire s'étendait des rives du Cyrus à celles du Jourdain, des monts de la Médie au pied du Taurus cilicien. Rien de moins homogène, d'ailleurs, que cet édifice construit en vingtcinq ans, assemblage informe de pièces arrachées à tous les États voisins et mal cimentées ensemble : au centre, TArménie propre, subdivisée en nombreuses stratégies (2) ; au sud, les dépouilles des Séleucides, Syrie et Cilicie, formant une satrapie ou vice-royauté avec Antioche pour chef-lieu ; le long de la frontière parthe , un cordon de petits royaumes qui conservaient leurs rois ou émirs nationaux, mais réduits à un étroit vasselage, Osroëne, Gordyène, Adiabène; à l'est et au nord, d'autres vassaux, sous le nom d'alliés, astreints seulement à fournir leurs contingents militaires au suzerain qui , dans son orgueil, s'intitulait désormais « roi des rois ».
Cet empire s'appuyait sur une armée aussi disparate que luimême. Le ban et l'arrière-ban des barons ou mégistans (3) arméniens en formaient le noyau ; parmi eux se recrutaient ces lourds cavaliers, les cataphractes , tout bardés d'écaillés de fer, eux et leurs montures (4). Les Albans du Caucase fournissaient également des cuirassiers de ce genre ; les Ibères , leurs voisins , des
(1) Sources principales : Plutarque, Lucullus , c. 19-35 j Appien, Mith. 83-91 ; Memnon, c. 4Ô-G0 (seulement jusqu'à l'ambassade de Lucullus auprès de Phraate, 68 av. J.-C.) ; Dion Cassius, XXXVI, 3-19 (à partir de la même ambassade).
(2) Il y en avait 120 au temps de Pline (^Hist. nat. VI, 27).
(3) Meghtanes en Arménie : Tacite, Ann. XV, 27 ; Frontin II, 9, 5 etc.
(4) Equités cataphracti ferrea omni specie... equis paria ojyerimenta erant , quœ lintea ferrets laminis, în modum plumae, annexuerant. Salluste fr. IV, 17-18, Kritz.