‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 284 sur 417 · LA MONARCHIE DE TIGRANE · texte numérisé non relu

LA MONARCHIE DE TIGRANE

lanciers à cheval. Le roi de la Médie Atropatène, gendre de Tigrane, pouvait lever 40,000 fantassins et 10,000 cavaliers (1). Puis venaient les Mardes, archers à cheval, les Bédouins, fougueux cavaliers du désert, les Gordyéniens (Kurdes), ingénieurs et pionniers, les mercenaires hellènes, bien d'autres troupes encore, dont le total, dit-on, s'élevait à 500,000 hommes! Pour entretenir cette nombreuse armée , il fallait au despote un trésor bien rempli : comme Mithridate, Tigrane avait des gazophylacies richement pourvues, Olané et Babyrsa aux environs d'Artaxata, Artagères près de TEuphrate (2).

L'empire de Tigrane, comme celui de son voisin, était un mélange contus de provinces purement orientales et de provinces en train de s'helléniser. L'hellénisme n'avait la prépondérance que dans les parties nouvellement annexées, Cilicie, Syrie, Mygdonie (Mésopotamie du nord), plus qu'à moitié grécisées pendant la longue domination des Séleucides. Partout ailleurs, l'Orient ne s'était pas laissé entamer, les traditions perses n'avaient rien perdu de leur vivacité. En Arménie, la noblesse, qui comptait seule dans l'État, ne vivait que pour la chasse, la guerre et les longs festins. La cour déployait tout le faste éclatant et vide qui impose aux peuples enfants. Le roi, entouré d'une vénération superstitieuse, — il avait pris le surnom de « Dieu », — ne se montrait jamais en public que dans le plus somptueux appareil, vêtu d'une tunique rayée blanc et rouge (3) , drapé dans les longs plis d'une robe de pourpre, la tête coiffée d'un haut caftan étoilé. Quand il donnait audience, quatre rois vassaux se tenaient debout, les mains jointes, sur les marches de son trône; quand il montait à cheval, ils couraient à pied, en simple tunique, devant lui (4). Comme ses barons, le prince partageait sa journée entre la chasse, l'administration de la justice et les plaisirs d'un harem trop nombreux qui préparait à sa vieillesse d'étranges surprises.

Déjà, pourtant, l'influence des idées de l'Occident commençait à pénétrer cette cour barbare : la reine Cléopàtre, fille de Mithridate, éprise, comme son père, de la civilisation hellénique, attirait en Arménie des artistes, des hommes de lettres grecs. Le

(1) Apolloûidès chez Strabon XI, 113, 2,

(2) Strabon XI, 14, G.

' (3) Dion Cassius XXXVI, 52.

(4) Plutarque, Luc. 21.

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