‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 285 sur 417 · L'HELLÉNISME EN ARMÉNIE · texte numérisé non relu

L'HELLÉNISME EN ARMÉNIE

rliéteur Ampliicrate, banni d'Athènes, qui avait refusé avec dédain l'invitation de Séleucie du Tigre (1), accepta celle de Tigrane. Métrodore de Scepsis, naguère ministre de Mithridate, vivait maintenant à la cour du roi d'Arménie dont il écrivit même l'histoire (2). Comme la cour de Ctésiphon, celle de Tigrane prenait goût au théâtre grec : quand LucuUus prit Tigranocerte, il y trouva une compagnie d'acteurs venue pour inaugurer une scène magnifique (3). Les jeunes princes aniK^niens furent élevés à la grecque; l'un d'eux, le futur roi Artavasde, devint même un écrivain distingué (4). Si l'empire arménien avait duré, il n'est guère douteux qu'il lie se fût hellénisé rapidement, comme le Pont, comme la Cappadoce; l'élément grec, si puissant en Syrie et en Mésopotamie, aurait opéré comme un ferment énergique, converti à son image le reste de la substance : les Grecs le sentaient; ils acceptaient avec résignation le despotisme brutal et hautain de Tigrane comme une transition nécessaire, qui préparait une nouvelle conquête de leur civilisation.

La fondation de Tigranocerte (5) n'était pas faite pour démentir leurs espérances. Sans doute l'orgueil du despote oriental ne fut pas étranger à cette création ex nihilo : au nouveau Salmanasar, il fallait une nouvelle Ninive; mais le choix de l'emplacement révéla des vues politiques et civilisatrices. L'ancienne capitale, Artaxata, était désormais dans une situation trop excentrique; à Antioche, Tigrane, aurait chaussé les souliers des Séleucides

(1) Plutarque, Luc. 22. Il devint suspect de trahison et se laissa mourir de faim, mais Cléopâtre lui bâtit un tombeau magnifique près de Safa. C'est peut-être l'Amphicrate dont le nom figure sur certains tétradrachmes d'Athènes.

(2) Strabon XIII, 1, 50 ; Scol. Apoll. Rhod. IV, 133 (F. H. G. III, 204 h. n» 1).

(3) Plutarque, Luc. 2;\

(4) Plutarque, Crass. 33.

(ô) Siir l'emplacement de Tigranocerte (que les anciens géographes marquaient au N. du Tigre, à Diarbekr, Meyafarkîn ou Saird)^ voir Kiepert, Monatsh. der Barl. Akad. 1873, p. 164 suiv.; MoMMSEX et Kiepert, Tiennes , IX, 1874, p. 164 suiv., et surtout E. Sa- CHAU, Abh. der Berl. Al-ad., Phil. hist. Klasse , 1880, II avec 2 cartes. Sachau a cru retrouver Tigranocerte au lieu appelé aujourd'hui Tell Ermen (la colline de T Arménien) immédiatement au S. 0. de Mardîn, mais cet emplacement ne concorde guère avec la distance de Nisibis indiquée par Tacite (^Ann. XV, 4), avec Pline VI, 26 : in excelso Tigranocerta, enfin avec Eutrope VI, 9, qui place Tigranocerte dans la province d'Arzanène. Je préférerais donc un emplacement tel que Midiyâd, au N. N. E. de Nisibis. Le passage principal de Strabon XI, 14, 15 est corrompu, mais il nous apprend ailleurs XVI, 1, 23 que la ville était située en Mygdonie, par conséquent au S. du Tigre. Tous les arguments tirés du récit de la bataille de Tigranocerte me paraissent dénués de valeur puisqu'il n'est pas prouvé que cette bataille se soit réellement livrée devant la ville.

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