‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 286 sur 417 · FONDATION DE TIGRANOCERTE · texte numérisé non relu

FONDATION DE TIGRANOCERTE

et risqué de perdre le contact matériel et moral avec ses provinces héréditaires, d'où il tirait toute sa force. Il choisit un juste milieu; il fixa sa résidence presque au centre de son empire agrandi, à trente sept milles de Nisibis, à Tendroit même où, vingt ans auparavant, il avait ceint le diadème de ses ancêtres. Le site était avantageux à tous égards : au nord, le mont Masios, prolongement du Taurus, vaste plateau calcaire dont les mamelons semblent les vagues houleuses d'une mer pétrifiée; au sud, les plaines immenses et monotones de la Mésopotamie ; entre les deux, à la lisière de la montagne et du désert, une région fertile, arrosée par des affluents du Tigre et des sous-affluents de TEuphrate, traversée par la grande route des caravanes qui, par Zeugma, Édesse, Nisibis, Arbèles, reliait la Syrie et la Médie. La nouvelle capitale, la « cité de Tigrane » sortit de terre comme par magie. Les premières familles du royaume furent obligées, sous peine de confiscation, d'y transporter leur domicile; trois cent mille habitants, — Assyriens, Adiabéniens,Gordyéniens, et autres, — y furent transplantés de force. Ce fut, pour peupler sa ville, que Tigrane, vers l'an 77, envahit la Cilicie et la Cappadoce, dépeupla douze villes grecques florissantes, entre autres Soli et Mazaca (1). Tigranocerte fut vraiment une résurrection des énormes cités assyriennes et babyloniennes d'autrefois, avec ses murailles en brique de 50 coudées de haut, assez épaisses pour loger des écuries, avec sa citadelle inexpugnable, son magnifique palais bâti liors des murs, et, tout autour, des parcs, des chasses, des viviers : création étonnante, mais éphémère, du génie oriental, symbole vivant de cette monarchie arménienne, née d'un jeu du hasard et qui devait s'écrouler au premier souffle du malheur.

Car, malgré ses succès éblouissants, dus à un concours fortuit de circonstances, Tigrane était, au fond, un pauvre homme. On pouvait admirer l'ambition et l'activité de ce vieillard qui, à soixante-dix ans, n'avait rien perdu de sa verdeur; mais si le corps était vigoureux, l'esprit était médiocre, étroit et imprévoyant. Le caractère ne valait pas mieux que l'esprit. Cruel et voluptueux, égoïste avec cynisme, inconstant dans ses affections comme dans ses haines, Tigrane, par un juste retour, ne savait s'attacher personne, ni ses alliés, ni ses sujets, ni ses

(1) Strabon XI, 14, 15; Plut., Luc. 21.

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