‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 288 sur 417 · LA PETITE ARMÉNIE CONQUISE PAR LES ROMAINS · texte numérisé non relu

LA PETITE ARMÉNIE CONQUISE PAR LES ROMAINS

de l'Arménie dans un canton marécageux. Prisonnier de son hôte, confiné dans une inaction forcée, Mithridate resta vingt mois dans ce séjour malsain (1) (de Tautomne 71 au printemps 69 av. J.-C), rongeant son frein, apprenant avec désespoir la chute, successive de toutes ses vaillantes capitales, que soutenait jusqu'au bout l'espérance de son retour.

La résistance obstinée des villes du Pont est un fait historique aussi mémorable que stérile. Les Romains l'ont attribuée exclusivement aux garnisons royales : les populations grecques auraient été terrorisées par les mercenaires ciliciens, les condottières et les eunuques de Mithridate. C'est la même explication que les écrivains philhellènesde l'époque impériale donnaient de la résistance d'Athènes contre Sylla; elle a sans doute la même valeur. La vérité est que les Hellènes du Pont, sans être autrement attachés à Mithridate, éprouvaient une répugnance invincible pour la conquête romaine, qui leur promettait le sort peu enviable de leurs frères d'Asie et de Bithynie; ce sentiment suffit à expliquer leur attitude, comme l'intérêt personnel et les promesses libérales de Lucullus expliquent les défections multipliées dans les rangs de la noblesse pontique. Quelques gazophylacies seulement furent emportées de vive force (2); un plus grand nombre furent livrées, à deniers comptants, par leurs gouverneurs : l'aïeul maternel de Strabon en livra quinze pour sa part (3) ! Avant la fin de la campagne, les généraux qui commandaient la garnison de Cabira, assiégée par Lucullus avec toutes ses forces, avaient capitulé; les Chalybes, les Tibarènes, les gens de la Petite Arménie fait leur soumission; Pharnacie, Trébizonde furent, ce semble, occupées sans combat. Partout Lucullus s'empara de trésors considérables (4); à Cabira et ailleurs, les prisonniers d'État, serviteurs ou parents de Mithridate, Grecs en disgrâce, virent s'ouvrir les portes de leurs cachots.

Lucullus ne s'attarda pas au siège des petites citadelles, en

(1) Memnon, c. ôô.

(2) Voir l'anecdote fameuse du soldat de Lucullus, Horace, Ep. II, 2, 20 suiv : Praesidium regale loco dejecit, ut aiunt , Summe munito et multarum divite rerum. La preuve que Lucullus ne s'attarda pas au siège des gazophylacies, c'est que les plus importantes ne se rendirent qu'à Pompée.

(3) 1 Strabon XII, 3, 33.

(4) Salluste fr, IV, G : tniuit Lucullus thesauros , custodias régis.

CHUTE D AMISOS.

particulier des 75 gazophylacies micro -arméniennes; il porta tout son effort contre les grandes villes helléniques du Pont, Amisos, Amasie, Sinope (1). x\misos succomba dès Fan 71. Pendant la campagne de Cabira, la ville, admirablement défendue par ringénieur Callimaque, avait défié toutes les attaques du légat Muréna. Quand Lucullus parut à son tour devant la place, la garnison refusa d'entendre ses propositions. Le général romain concentra alors ses troupes autour du faubourg d'Eupatoria, qui avait une enceinte séparée, et fit semblant de pousser mollement les travaux de siège. Alors la garnison se relâcha de sa vigilance, et un brusque assaut rendit Lucullus maître de la ville neuve, qui fut aussitôt rasée de fond en comble. La chute du faubourg, en facilitant l'investissement complet de la vieille ville, décida sa perte. Un soir, à l'heure où sonnait la retraite, les assiégeants dressèrent les échelles et s'emparèrent d'un secteur de l'enceinte. La garnison eut le temps de s'embarquer, après avoir mis le feu derrière elle; les Romains pénétrèrent par la brèche et tuèrent tout sur leur passage. Lucullus réussit à arrêter le massacre, mais dans la confusion d'une bataille nocturne, il lui fut impossible d'empêcher le pillage et l'incendie; les soldats exaspérés faillirent même lui faire un mauvais parti. Les maraudeurs, après avoir saccagé les maisons, y laissaient les torches qui avaient éclairé leur sinistre besogne, sans prendre la peine de les éteindre. Bientôt des tourbillons de tlamme jaillirent de toutes parts, et quand l'aube parut, l'Athènes du Pont, sauf quelques rues préservées par une averse, n'était plus qu'un monceau de ruines fumantes. Tout ce que put faire le philhellénisme de Lucullus fut de rendre aux survivants la liberté : encore Muréna prétendit-il traiter comme son affranchi le célèbre grammairien Tyrannion, qui était tombé entre ses mains. Lucullus présida lui-même aux premiers travaux de reconstruction de la ville,

(1) Memnon raconte la prise des forteresses pontiques dans Tordre suivant : Amisos (c. 45, fin du livre XV) ; Héraclée (c. 52); Sinope et Amasie (54). Plutarque suit le même ordre : Amisos (^Lnc. 19) ; quartiers d'hiver en Asie (20-23) ; Sinope (23). (Il ne mentionne pas Héraclée, qui ne fut pas prise par Lucullus.) Appien suit un ordre tout différent : Amastris et Héraclée (^Mith. 82), Sinope, puis Amisos (83). Eutrope est encore plus absurde : il place la prise de Sinope et d' Amisos avant la bataille de Cabira (VI, 8, 2). Cette erreur doit provenir de Tite-Live. Les dernières grandes villes, tout au moins Amasie, ne doivent avoir succombé qu'après septembre 70, car nous avons de? monnaies de Mithri» date datées de cette année (^Tiois royaumes, p. 200).

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