CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE LA DYNASTIE
pas. Pour atteindre leur but unique, Tagrandissement territorial, tout moyen est bon : guerre régulière, surprise en pleine paix, achat, captation, mariage. A défaut d'une armée nationale, ils font la guerre avec des mercenaires, gaulois d'abord, plus tard grecs et thraces. Leur stratégie est primitive : elle consiste à ruiner le territoire ennemi , à emmener de longues files de prisonniers, de bétail et de butin (1). Dans l'art des sièges, ils sont novices, et la marine militaire ne fut créée que par Mithridate Évergète.
A l'intérieur, la politique des Mithridate présente un caractère mixte. Perses d'origine, ils tiennent à le rester, ne fût-ce que pour conserver leur prestige aux yeux des populations , tout éblouies encore du souvenir des Achéménides. Ils s'appellent Mithridate, Pharnace, Ariobarzane; ils adorent Ormuzd, la trinité perse de Zéla, invoquent dans leur « serment royal » le dieu lunaire d'Améria (Mên de Pharnace). Encore au temps de Polybe, ils se donnent simplement pour descendants d'un des sept Perses, mais plus tard, à l'exemple sans doute de leurs voisins de Cappadoce , ils insèrent Cyrus et Darius dans leur généalogie, et, grâce à l'ignorance croissante, ils réussissent à accréditer une fable qui leur confère un semblant de légitimité : Artabaze, fils puîné de Darius P% avait fondé, disait-on, dans le Pont une dynastie vassale des Achéménides, qui aurait subsisté sans interruption depuis cette époque, et dont les Mithridate se prétendaient les représentants directs (2).
Toutefois, à côté du persisme, l'hellénisme aussi était pour les Mithridate une tradition de famille et réclamait sa part de protection. Les aïeux de Mithridate Ctistès ont courtisé Athènes, cultivé les arts de la Grèce; lui-même, en sa qualité de camarade de Démétrius Poliorcète, l'Alcibiade macédonien, doit être un helléniste accompli, un philhellène raffiné. Aussi ne se présente-t-il pas comme son précurseur, Ariarathe de Gaziura, en champion de la réaction orientale contre l'invasion des idées helléniques; sur ses monnaies il ne ressuscite pas , comme celui-ci, les types asiatiques et les légendes orientales : il adopte l'étalon , le type, la légende hellénique des monnaies d'Alexandre. Ses successeurs se conforment à son exemple; au droit de leurs pièces figurent
(1) Polybe fr. XXVI, 6.
(2) Salluste fr. II, 53, Kritz ; Justin XXXVIII, 7 ; Appien, MHh. 117.
PHILHELLÉNISME DES MITHRIDATE.
bientôt leurs portraits, œuvres d'une sincérité rare et d'un relief saisissant; au revers, les types sont empruntés à la mythologie grecque ou combinent, par d'ingénieuses assimilations, les deux Panthéons rivaux de la Perse et de la Grèce (1).
Ce ne sont là que des symboles, mais voici des réalités. De très bonne heure les Mithridate cherchent à se concilier les sympathies des républiques grecques, tout en préparant la conquête de leurs voisines de l'Euxin : le Ctistès fait alliance avec Byzance, Chalcédoine, Héraclée (2) ; son petit- fils, Mithridate II, figure en 227 au nombre des princes qui secourent Rhodes, dévastée par un tremblement de terre (3). Plus tard, à peine l'annexion de la côte méridionale de l'Euxin terminée, les Mithridate portent leurs vues sur le rivage opposé, et dans le traité de 179, signé par Pharnace, interviennent, à côté de Cyzique et d'Héraclée, Mésembria de Thrace et Chersonèse de Tauride (4). Quant à la cour du Pont, elle dut s'helléniser rapidement sous l'influence de princesses macédoniennes : Mithridate II, Mithridate Évergète épousèrent l'un et l'autre des filles de Séleucides, et désormais, si les fils continuèrent à s'appeler Mithridate ou Pharnace, les filles des rois de Pont reçurent souvent des noms grecs, en particulier celui de Laodice (5). La hiérarchie de la cour est toute macédonienne; le grec est la langue officielle : les monnaies n'en connaissent pas d'autre, et la capitale, Amasia, a fourni déjà une inscription grecque du quatrième roi, Pharnace (6). Ce même roi, malgré son naturel farouche , protège les arts de la Grèce , — sa statue en or figurera au triomphe de Lucullus (7), — et montre, par la fondation de Pharnacie, une juste intelligence de l'influence bienfaisante que peuvent exercer des agglomérations urbaines
(1) Le statère d'or unique de Mithridate Ctistès a les types d'Alexandre (tête de Pallas, Victoire) ; les tétradrachmes de Mithridate II ont au revers le Zeus aétophore assis (type d'Alexandre), ceux de Pharnace un dieu panthée, portant caducée et corne d'abondance, qui tend un cep à une biche. Mithridate Evergète (Philopator) substitue à ce type Persée tenant la tête de la Gorgone, sa veuve Laodice la Pallas debout. Depuis Mithridate II, toutes les monnaies (sauf celle de Laodice) présentent un symbole adjoint , astre et croissant, l'écusson de la famille.
(2) Memnon c. 11.
(3) Polybe V, 90.
(4) Polybe fr. XX VI, (>.
(ô) Polybe V, 43; 74.
(6) G. Perrot, Mémoires d'archéologie, p. 143. Voir k V Ajfpendice , II, no 1.
(7) Pline XXXIII, 12, 151.