LUCULLUS EN ASIE, MESURES FINANCIÈRES
à son armée, il la licencia, renvoyant les alliés chez eux et les soldats romains à Liicullus (printemps 70) (1).
Amasie et Sinope, l'ancienne et la nouvelle capitale du Pont, ne furent prises également qu'en 70. L'armée de Lucullus, qui avait passé les deux hivers de 72 et de 71 dans la tranchée, avait besoin de repos. Lucullus, après la prise d'Amisos, la distribua dans ses quartiers d'hiver et retourna lui-même passer la mauvaise saison (71-70) dans la province d'Asie, qu'il avait annexée à son gouvernement. Pendant son séjour, il réussit à calmer, par quelques sages règlements financiers , l'effervescence dangereuse qu'entretenait toujours dans cette malheureuse province le fardeau écrasant de ses charges financières. Le paiement intégral de l'indemnité de guerre imposée par Sylla fut assuré par rétablissement d'une taxe sur les maisons et sur les esclaves et d'un impôt général de 25 pour 100 sur le revenu (2). Quant aux dettes privées, l'intérêt légal en fut fixé à 12 pour 100; il fut défendu de réclamer les intérêts arriérés au delà d'un chiffre égal au principal, enfin les créanciers hypothécaires non payés furent autorisés à percevoir le quart des revenus de leurs débiteurs à charge de les imputer sur la dette (3). Ces mesures, dont plusieurs restèrent définitivement en vigueur ( 4) , attirèrent à Lucullus l'inimitié irréconciliable des manieurs d'argent d'Éphèse et de Rome, et préparèrent de loin sa disgrâce; en revanche, elles lui valurent les bénédictions des provinciaux. L'hiver 71/70 se passa pour lui à Éphèse au milieu des combats de gladiateurs, des fêtes instituées en son honneur (les LucidUa) et du bruit caressant des acclamations populaires.
. Pendant ce même hiver, les nuages commençaient à s'amonceler autour de Tigrane, sans que l'infatuation de son orgueil comprît les signes précurseurs de la tempête. Dès le lendemain de la prise de Cabira, Lucullus avait chargé son beau-frère, Appius Claudius, qui l'avait accompagné en Asie (5), d'aller
(1) Siège d'Héraclée : Memnon, c. 47-52 (seul récit). Sur la querelle de Cotta avec son questeur Oppius : Dion XXXVL 40 ; Salluste, fr. III, 39-40 (cp. les fragments du plaidoyer de Cicéron pour Oppius, conservés par Quintilien, Cicéron d'Orelli, IV, OJU), Sur le procès de Cotta, accusé de péculat par Carbon : Dion, loc. cit,
(2) Appien, J/;^/<. 83.
(3) Plutarque, Luc. 20. On voit aussi que l'anatocisme entraînait la perte de la créance,
(4) Cicéron, Acad. prior. I, I, 3.
(5) Sur ce personnage et ses frères et sœurs, voir Lacour Gayet, Bs P. Clodio Pulchro,