‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 292 sur 417 · ROME ET TIGRANE · texte numérisé non relu

ROME ET TIGRANE

réclamer de Tigrane rcxtradition de Mithridate. Quelque importance que Rome pût attacher à la capture de son grand ennemi, il fallait surtout voir dans cette démarche le commencement du règlement de comptes entre Rome et Tigrane. La république ne pouvait pas, sans déchoir, permettre aux Arméniens de prendre pied définitivement aux bords de la Méditerranée. La Cilicie plane et la Commagène aux mains de Tigrane rendaient illusoire Tindépendance de la Cappadoce, menaçaient Tempire de Rome dans l'Asie Mineure; la conquête, presque achevée, de la Syrie et de la Phénicie inquiétait à juste titre les Juifs, clients de Rome (1), et l'Egypte, son alliée. Déjà même les derniers Séleucides, chassés de Syrie, étaient venus en Italie, chargés de trésors, pour mendier le secours du Sénat. Leurs prétentions faisaient un singulier contraste avec leur impuissance : ils réclamaient non seulement le trône de Syrie, mais encore celui d'Egypte, du chef de leur mère Séléné (2) ! Après l'insuccès de cette démarche, Antiochus V Asiatique retourna en Asie; ses instances et ses promesses ne furent sans doute point étrangères à l'attitude ferme, presque provocante , que Lucullus adopta vis-à-vis de Tigrane. Le général romain, présent sur les lieux, se rendait mieux compte de la situation que les politiques timorés qui la voyaient de Rome; résolu de brusquer le dénouement, il n'offrit à Tigrane le choix qu'entre une soumission humiliante, qui équivaudrait à l'annihilation politique de l'Arménie, et la révolte ouverte, qui justifierait une intervention militaire. L'amour delà gloire et d'autres convoitises ne furent peut-être pas étrangères à cette conduite, mais il fallait toute l'injustice des adversaires politiques de Lucullus pour l'attribuer tout entière à de pareils mobiles.

L'ambassadeur romain, égaré par ses guides, courut à la recherche de Tigrane à travers toute l'Arménie; lorsqu'après un énorme circuit il eut atteint l'Euphrate, puis Antioche, il apprit que Tigrane était au fond de la Phénicie, occupé à conquérir les dernières places qui tenaient encore pour les Séleucides. Ptolémaïs, défendue

Paris, 1888, p, 4 suiv. Appius était le fils aîné du consul de l'an 79 av. J.-C. Lucullus avait épousé sa sœur cadette (Plut., Cic. 29) et la répudia à son retour d'Asie (Plut., Luc. 38).

(1) Sur leur ambassade auprès de Tigrane, cf. Josèphe, Ant. jud. XIII, 16.4 (= Bell, jiid. I, 5, 3).

(2) Cicéron, Verr. ace, IV, 27, (U.

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