‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 293 sur 417 · AMBASSADE D'APPIUS CLAUDIUS · texte numérisé non relu

AMBASSADE D'APPIUS CLAUDIUS

par la reine Séléné, le dernier homme de la dynastie, arrêta Tigrane pendant tout l'hiver; Claiidius mit à profit ce délai pour travailler sourdement les villes syriennes et les vassaux barbares de Tigrane. L'émir de Gordyène, Zarbiénos, et quelques autres tétrarques se laissèrent gagner, promirent leur défection. Au milieu de ces intrigues, où le droit des gens, on le voit, n'était guère respecté, Tigrane retourna à Antioche. Ptolémaïs avait capitulé, Séléné était tombée aux mains du vainqueur; l'Arménien exaltait. On devine l'impression que dut produire sur ce despote, grisé par le succès, le message de Lucullus , réclamant Mithridate « dû à son triomphe ». Pour comble d'audace, le général romain avait jugé à propos d'adresser sa lettre « au roi Tigrane » , au lieu du titre « Roi des Rois », que l'Arménien prenait officiellement sur ses médailles. Méconnaître les lois de l'hospitalité, c'était beaucoup; violer celles de l'étiquette, c'était trop. Tigrane affecta de recevoir en souriant l'insolente épître, soulignée par l'attitude rogue du messager; mais dans sa réponse, il déclara que, sans vouloir d'ailleurs prendre fait et cause pour son beaupère, il se croyait obligé d'honneur à ne pas le livrer. Afin de payer Lucullus de sa monnaie, il omit, dans l'adresse, de lui donner le titre (ÏImperator (hiver 71/70 av. J.-C.) (1).

Ces coups de plume annonçaient les coups d'épée , mais telle était la sottise de Tigrane qu'il mit encore toute une année à comprendre que sa réponse à Lucullus équivalait à une déclaration de guerre. Il employa ou perdit ce temps à préparer l'inauguration de sa nouvelle capitale et à châtier les vassaux dont il avait découvert les intelligences criminelles avec Appius Claudius. L'émir de Gordyène fut mis à mort avec toute sa famille; ses redoutables forteresses du Tigre, Saréïsa, Satala, Pinaca, reçurent des garnisons arméniennes (2) ; quant au roi de Pont et à sa demande pressante de secours, il n'en fut toujours pas question. Pendant ce temps, Lucullus achevait la conquête des villes pontiques.

(1) Sur l'ambassade de Claudius : Plutarque, Lucullus, 49, 21, 23; Memnon, c. 46. Cf. Salluste, fr. IV, 7 : hisolens vera accipiundi (à moins que ce fragment ne se rapporte à, la nouvelle du passage de TEuphrate par Lucullus) et 8 : tetrarchas regeî^qîie territos anhni firmavit (Claudius).

(2) Sur le supplice de Zarbiénos : Plut., Luc. 29. Forteresses de la Gordyène : Strabon XVI, 1, 24.

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