SIÈGE DE SINOPE
Sillupe, jus(iuc-là, avait été bloquée sans grand succès par une division romaine. La situation de cette ville la rendait presque inexpugnable. Elle occupait Tisthme étroit (k peine deux stades) d\ine presqu'île qui se détache du promontoire Lepté; sur chaque golfe, il y avait un port et un arsenal; des remparts formidables, appuyés sur des hauteurs, arrêtaient un ennemi venant du continent. Au nord , la presqu'île est plate et s'épanouit en cercle , mais la côte est partout abrupte, bordée d'écueils, semée d'aspérités qui lui donnent l'aspect d'un hérisson pétrifié; dans la falaise s'ouvrent de vastes cavités, les chénicideSj que la mer emplit dans les fortes marées : de ce côté, tout débarquement est impossible (1). Il n'était pas plus facile de réduire la ville par la famine : toute la presqu'île était richement cultivée, couverte d'opulents vergers; en outre, la mer restait ouverte et le vice-roi du Bosphore, Macharès', envoyait de temps en temps des convois de vivres. L'escadre sinopienne protégeait les arrivages; elle fut même assez forte pour battre , un jour, dans un combat rangé, la flotte romaine de Censorinus et capturer Lj navires qui apportaient du blé au corps de siège (2). La garnison se composait d'une dizaine de mille Ciliciens, commandés par le condottière Léonippe, Cléocharès l'eunuque et Séleucos, le fameux pirate à qui Mithridate s'était confié à son retour de Bithynie.
Au printemps de 70, quand Lucullus parut enfin en personne devant Sinope , Léonippe entama des négociations avec lui en vue d'une capitulation; mais ses collègues, partisans de la résistance, après avoir vainement essayé de l'incriminer devant la bourgeoisie, l'assassinèrent; Cléocharès, devenu dictateur, imprima désormais à la défense une énergie féroce; un véritable régime de terreur fut établi dans la ville assiégée. Malheureusement Macharès, désespérant de la fortune de son père, finit par céder à des conseils perfides et fit ouvertement défection : de la Colchide, qu'il avait incorporée à son royaume bosporan, il envoya à Lucullus des offres de soumission, avec une couronne d'or de la valeur de mille talents (G millions). Lucullus s'empressa de recevoir le traître au nombre des amis et alliés du peuple romain , à la condition qu'il livrerait les trésors naguère déposés entre ses mains
(1) Strabon XII, 3, 11 ; Polybe IV, 5lî.
('2) D'après Memnon, ces navires venaient àTuô lioTTiopou, ce qui doit signifier le Bosphore de Thrace. et non le Bosphore Cimmérien, encore aux mains de Mithridate.