‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 296 sur 417 · DÉROUTE DES ARMÉNIENS · texte numérisé non relu

DÉROUTE DES ARMÉNIENS

ment les cuirassiers arméniens qui s'étaient écartés à sa poursuite; Lucullus les prend en queue, recommandant à ses fantassins de frapper à la cuisse, seule partie découverte chez ces hommes de fer. Les cuirassiers n'attendirent même pas le choc; ils se débandèrent dans toutes les directions et allèrent se jeter dans le gros de l'infanterie. La déroute se communique de proche en proche; bientôt la plaine et les collines disparaissent sous une immense houle de fuyards. Empêtrés dans leurs lourdes armures, gênés par leur ordonnance compacte, les bataillons asiatiques sont hachés sans défense; la poursuite, qui s'étendit jusqu'à 20 kilomètres, ne s'arrêta qu'à la nuit tombante; alors seulement Lucullus permit le pillage. L'armée asiatique fut à peu près anéantie; rien qu'en morts, elle perdit 30,000 hommes (1). Lucullus, en digne élève de Sylla, n'accusa, dans son rapport officiel au Sénat, que 5 morts et 100 blessés. Il prétendit avoir eu affaire à plus de 250,000 ennemis (150,000 fantassins, 20,000 archers et frondeurs, 17,000 cuirassiers, 38,000 chevau-légers, 35,000 pionniers, pontonniers, etc.), qui auraient laissé sur le champ de bataille 100,000 hommes de pied et presque toute leur cavalerie (2) : hâblerie inutile, qui, si elle avait été prise au sérieux, n'aurait pu, en ravalant le vaincu, que diminuer la gloire du vainqueur (3).

Tigrane s'était enfui du champ de bataille avec une escorte de 150 cavaliers, jetant sa tiare et son bandeau pour n'être pas reconnu. Il s'arrêta dans la première citadelle qu'il trouva sur sa route. Là, Mithridate vint le rejoindre. Le roi de Pont, s'achemi-

(1) Oiose VI, 3, 6 : narn triginta milia hominum in eo hello (— proelio) caesa referuntw.

(2) Plutarque, Lucullus , c. 2G : cbS AouxouXXo? £ypa<|^£ Trpoç TYjv aûyx/.TiTOv. Appien, J\Iith. 85, compte, en chiffres ronds, 250,000 fantassins et 60,000 cavaliers ; Eutrope, VI, 1, 100,000 fantassins et 7,500 (?) cuirassiers. Comme Tite-Live comptait (chez Plutarque) un Romain par 20 ennemis, ses chiffres paraissent avoir été 15,000 Romains et 300,000 Arméniens.

(3) Les quatre récits de cette bataille (Plutarque, Luc. 20-28, Appien, Mith. 86, Meinnon, c. 57, Frontin II, 2, 4; cp. II, 1,14) sont d'accord sur les grandes lignes; celui de Plutarque est le plus détaillé. Il cite au commencement le bulletin de Lucullus, à la fin Strabon, Tite-Live, et le philosophe Antiochus ; mais sa source principale paraît être Salluste; cf. les fr. IV, 17-18, de Salluste sur les cataphracti rapprochés des expressions de Plutarque, c. 28. I^'emplacement de la bataille est loin d'être certain. Plutarque parle d'un fleuve qui séparait les deux camps , sans dire lequel ; on a supposé qu'il s'agissait du Nicéphorios et que la bataille se livra en vue de Tigranocerte, dont les défenseurs, en efïet, auraient salué rapproche de Tigrane (Plut. 27) , contemplé sa défaite (App. 8G). Mais il faut se méfier de renseignements dramatiques de ce genre et je crois, avec Mommsen, que la bataille fut livrée aux bords du Tigre , un peu en amont de son confluent avec le Centritès ou Bohtan-tchaï.

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