NOUVEAUX ARMEMENTS DE TIGRANE
autant que possible instruits à la romaine par les officiers grecs ou les réfugiés italiens de la suite de Mithridate. Cette armée ne comprenait pas seulement des Arméniens, mais des Ibères, des Mardes, et surtout des Mèdes, amenés par le gendre de Tigrane, Mithridate, roi d'Atropatène. Durant tout Thiver et le printemps on fabriqua des armes, on distribua des approvisionnements de blé dans des forteresses convenablement choisies. Par-dessus tout, on s'efforça d'imprimer à la guerre le caractère d'une lutte religieuse et nationale; pour y intéresser le fanatisme oriental on répandit le bruit que le but final de l'expédition de Lucullus était le pillage d'un des temples les plus riches et les plus vénérés de l'Asie (1). On représenta la cause de Tigrane et de Mithridate comme celle de tous les rois de l'Orient, on tâcha d'entraîner les Parthes dans leur querelle. Le vieux Sinatrocôs venait de mourir (2), et son fils et successeur sur le trùne des Arsacides, Phraate III « le Dieu », paraissait disposé à tirer son royaume de l'affaissement où nous l'avons vu plongé depuis vingt ans.
L'intervention des Parthes pouvait peser d'un poids décisif dans la balance; des deux côtés on y attachait le plus grand prix. Presque en même temps, la cour de Ctésiphon fut sollicitée par Tigrane et Mithridate d'une part (3), de l'autre par les nouveaux alliés de Lucullus, les roitelets du Tigre et de l'Euphrate. Tigrane offrait à Phraate, pour prix de son assistance, tous les territoires qu'il avait arrachés à ses prédécesseurs , la haute Mésopotamie, l'Adiabène, les « grandes Vallées » ; Lucullus se tenait dans le vague, joignant les promesses aux menaces, et rappelait l'alliance conclue vingt-trois ans auparavant avec Sylla. Phraate , avant de prendre parti, voulut tàter le terrain. Tout en prêtant l'oreille aux envoyés de Tigrane, il fit partir une ambassade pour le quartier général romain. Lucullus lui rendit politesse pour politesse et chargea son légat Sextilius de lui présenter ses compliments à Ctésiphon; mais le choix de cet ambassadeur donna de
(1) Cicéron, Pro lege Manilia , IX, 23. Quel temple? Probablement le temple de Baris mentionné par Strabon (XI, 14,14) sur la route d'Artaxata à Ecbatane.
(2) Phlégon, ^oc. :cit. xw toîtio sxet... (01. 177, an 3 = 70-69 av. J.-C.) S-.vaxpouxYiv xov nâpOcov paaO.éa XEXeux^Tavxa oisos^axo 4>paàxyii; ô ÈTtixXyieet; ©soç. Xiphilin, p. 2, Dind. appelle, par erreur, le nouveau roi Pacoros. Sinatrocès chez Appien, Mith. 104, s'appelle Sintricos.
(3) Salluste, fr. IV, 20 (c'est la fameuse lettre de Mithridate à Arsace).