NÉGOCIATIONS AVEC LES PARTHES
Tombrage à TArsacide : Sextilius était un homme de guerre qui regardait d'un peu trop près l'organisation militaire des Parthes. Phraate conclut que ce prétendu ambassadeur n'était qu'un espion et résolut de garder une neutralité armée, en laissant espérer son alliance aux deux adversaires. Les craintes des Parthes n'étaient que trop fondées : au moment même où Lucullus feignait de rechercher leur amitié, il méditait en réalité une expédition contre Ctésiphon et mandait, à cet effet, à Sornatius de le rejoindre avec les troupes laissées dans le Pont. Mais les troupes du légat, informées du but de l'expédition, refusèrent net de quitter leurs cantonnements , et l'armée de Gordyène manifesta également une vive répugnance pour cette nouvelle aventure. C'était un premier avertissement dont Lucullus aurait dû faire son profit; il renonça à combattre les Parthes , mais non à terminer la conquête de l'Arménie.
Le printemps était déjà écoulé lorsque l'armée romaine quitta ses bivouacs de la Gordyène et franchit la barrière de montagnes qui sépare la vallée du Tigre des hauts plateaux de l'Arménie : c'était la route suivie jadis par les Dix Mille dans leur immortelle retraite. La belle saison , en Arménie , ne dure que quatre mois , de juin à septembre ; et la végétation y est si tardive que lorsque Lucullus , parti de Mygdonie en plein été , déboucha sur les plateaux de Van, il trouva les blés encore verts. Les deux rois alliés , malgré leur supériorité numérique , refusèrent obstinémicnt la bataille. Le gros de leurs forces, commandé par Mithridate, se tint enfermé dans un camp retranché au sommet d'une colline, sur les flancs de l'armée d'invasion, pendant que Tigrane , avec la cavalerie légère , voltigeait autour des Romains et tâchait d'enlever leurs fourrageurs. Lucullus repoussa ces attaques et prit même quelques-uns des magasins de Tigrane; mais il eut beau dévaster le pays sous ses yeux et tirer un fossé autour du camp arménien, les alliés persévérèrent dans la tactique prudente que Mithridate avait conseillée. Lucullus fut le premier à perdre patience. Ramassant ses légions , il remonta la vallée de l'Euphrate oriental (Arsanias) , dans la direction d'Artaxata, la vieille capitale de l'Arménie , où Tigrane avait mis ses femmes et les débris de son trésor. Comme l'année précédente , le vieux sultan ne put supporter l'idée de voir tomber son harem aux mains de l'étranger. Il évacua son camp retranché et suivit Lu-
BATAILLE DE LWRSANIAS.
cuUus à la piste en longeant la rive opposée (septentrionale) du fleuve, résolu à en disputer le passage aux envahisseurs. Au bout de quatre jours de marche, Lucullus, arrivé à un endroit guéable, forme soninfanterie en bataille sur deux lignes, chacune de 12 cohortes, et fait d'abord passer sa cavalerie pour briser le courant du lleuve. Les archers à cheval Mardes et les lanciers Ibères reçurent vigoureusement les escadrons romains , -mais quand la première ligne de Tinfanterie eut atterri à son tour sur la rive droite, les barbares n'attendirent même pas le choc et prirent la fuite; la cavalerie romaine se lança à leur poursuite et fit connaissance à cette occasion avec une tactique toute nouvelle : à diverses reprises les fuyards firent volte-face et déchargèrent sur les Romains des nuées de flèches barbelées et empoisonnées qui se brisaient dans la plaie et causaient de dangereuses blessures. Pendant ce temps, Tigrane avec ses gardes à cheval et son gendre avec les escadrons Mèdes attaquaient de front les douze cohortes romaines, et le roi de Pont tâchait de les prendre à revers. Un instant les Romains coururent un sérieux péril, mais Lucullus rappela sa cavalerie qui contint Tigrane, lui-même réussit à enfoncer les Mèdes, et les cohortes de seconde ligne, arrivant à la rescousse, mirent en fuite Mithridate. Les alliés finirent par évacuer le champ de bataille , en laissant sur le terrain 5,000 morts et un plus grand nombre de prisonniers, parmi lesquels plusieurs seigneurs de grande marque (septembre 68) (1).
Cette fois encore, Lucullus sortait vainqueur, d'une lutte inégale, mais c'était une victoire à la Pyrrhus. Le camp regorgeait de morts et d'éclopés, Artaxata était encore loin, et l'été arménien touchait à sa fin. On avait à peine franchi quelques étapes, quand, aux environs de l'équinoxe, commencèrent les gelées et les tempêtes de neige. L'espérance d'atteindre la « Carthage d'Arménie » et avec elle le terme de la guerre soutint quelque temps le moral des troupes ; mais plus on avançait, plus
(1) Sur cette bataille, voir Plutarque, Lnc. 31, qui cite Tite-Live, et Phlégon, /r. cit. : vtxa AeOvtoXXo; , xai Tis.yza.v.i(jyihoi \kïv twv [jLSTrà Tiypâvou- sireaov, izlsiov- oà toOxwv riXfJi-a- ),a)TÎc8-/iaav "X<*^pî; toO âXkov auyxÀ'uôo; 6-/\o\j. Le récit de Dion XXXVI, 7 est très vague; il n'indique même pas approximativement le lieu du combat. Quant à Appien, Afith. 87, il ne parle que d'un combat de cavalerie et toute la campagne est présentée en quelques lignes peu intelligibles ; le nom d' Artaxata n'est même pas prononcé. L'assertion de Plutarque (d'après Tite-Live?) que Mithridate se serait enfui au premier cri de guerre, paraît bien peu croyable.