LE BERCEAU DES MITHRIDAÏE
peine, sert d'émissaire au grand lac Ascania (Isnik-Gheul). A l'extrémité orientale du lac s'élevait Ancore, vieille métropole de la Phrygie, plus tard remplacée par Nicée; là, on n'est plus séparé que par un seuil assez bas du tleuve Sangarios, l'une des grandes artères de l'Asie Mineure (1). Il fut un temps peut-être où le Sangarios, venu de l'intérieur de la Phrygie, au lieu de faire un coude brusque vers le nord à la hauteur d'Ancore, continuait sa course vers l'ouest et se jetait dans la Propontide au fond du golfe de Cios. L'affluent et l'émissaire du lac Ascania, le lac lui-même sont autant de témoins de cet ancien état de choses auquel mit fm quelque soulèvement géologique. Une révolution du même genre chassa, un peu plus tard, le fleuve d'une seconde embouchure qu'il s'était creusée plus au nord, là où le lac Sophon et le golfe d'Astacos (Nicomédie) répètent exactement la disposition de l'Isnik-Gheul et du golfe de Cios. Ces changements de lit du Sangarios, qui appartiennent à la dernière période géologique, pesèrent lourdement sur l'avenir des deux meilleurs ports de la Propontide, Astacos et Cios : débouchés naturels de la Bithynie et de la Phrygie hellespontienne, ils ne prirent cependant leur essor que le jour où les progrès de la civilisation eurent créé , à la place du fleuve évanoui , des routes d'art qui pussent servir de traits d'union entre la côte et les populations de l'intérieur.
Le port de Cios, sûr et profond, parfaitement abrité contre les vents du nord par la presqu'île montagneuse d'Arganthonios , où se localisa le mythe gracieux d'Hylas (2), était un entrepôt commode et une échelle toute désignée pour les navires qui transitaient entre l'Hellespont et le Bosphore. Dès les temps les plus reculés, les Mysiens, habitants de la contrée environnante, y créèrent un établissement; ils en furent chassés par les Cariens, puis ceux-ci, à leur tour, par les Grecs d'Ionie. La légende attribuait la fondation de la colonie à l'un des Argonautes, compagnon d'Héraclès, ou à Héraclès lui-même (3); en réalité, Cios,
(1) Elisée Reclus, Nouvelle Géographie, tome IX, p. 603, carte 82.
(2) L'Hylas serait, d'après Pline, loc. cit., le nom d'un affluent du Cios (ou du lac?). Cp. Memnon, c. 41, où Ki'epo; est un lapsus pour Ktoç.
(3) L'Argonaute Cios, d'après Strabon, loc. cit., Polyphème, d'après Apollonius de Rhodes, I, 1321, Nymphodore fr. 18 et Autocharis (F. H. G. II, 380), Héraclès, d'après les monnaies impériales de Cios (légende HPAKAEOVi: KTIITOÏ KIANQN).