‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 301 sur 417 · RETRAITE DE LUCULLUS, PRISE DE NISIBIS · texte numérisé non relu

RETRAITE DE LUCULLUS, PRISE DE NISIBIS

la marche devenait pénible. Ce n'était que bois , marais , défilés rocailleux, rivières à moitié prises, dont la glace s'ouvrait sous le pas des chevaux et coupait leurs jarrets. L'eau glaciale des abreuvoirs rebutait les bêtes , les bivouacs dans la boue exténuaient les hommes; les vivres étaient rares et de mauvaise qualité. Bientôt le légionnaire perdit patience; les tribuns supplièrent Lucullus de battre en retraite , s'il ne voulait pas voir l'armée lui échapper. Il résista d'abord , mais des attroupements menaçants commencèrent à se former ; la nuit, le camp retentissait de hurlements sinistres. Comme jadis Fimbria, il pria, promit, supplia; c'était sa gloire tout entière qui lui coulait des mains. Tout fut inutile; le charme, — si jamais il y avait eu charme entre ce général et ces soldats, — était rompu pour toujours. La mort dans l'àme, Lucullus se résigna à la retraite; il ramena ses troupes, par un autre chemin qu'au voyage d'aller, en Mésopotamie (1).

Ici l'été durait encore, et les Romains en profitèrent pour assiéger Nisibis, la seule place au sud du Tigre qui tînt encore pour Tigrane. La ville était très forte : elle avait deux épaisses murailles en brique, séparées par un large fossé, et surtout un défenseur qui valait un armée, CaUimaque, l'habile ingénieur qui avait prolongé durant dix-huit mois la résistance d'Amisos. Pendant tout le reste de l'été, Nisibis repoussa les attaques de Lucullus, mais quand la mauvaise saison commença, la garnison se relâcha de sa vigilance; un brusque assaut, donné par une nuit d'orage, rendit les Romains maîtres de l'enceinte extérieure : les sentinelles, surprises dans le sommeil, furent massacrées, le fossé comblé avec des fascines, et la seconde enceinte , moins solidement construite, fut emportée à son tour. Gouras, frère de Tigrane, qui s'était retiré dans la citadelle, la livra par capitulation et fut traité humainement; mais Callimaque, objet de la rancune implacable de Lucullus , fut considéré comme un malfaiteur et mis aux fers. Le butin fut presque aussi considérable qu'à Tigranocerte (automne 68) (2).

La prise de Nisibis fut le dernier succès de Lucullus. Déjà la chance avait tourné et les revers allaient maintenant se succéder aussi vite que naguère les victoires. Dès le lendemain de la re-

( I ) Sextus Euf us dit que Lucullus revint par Mélitène , ce qui est impossible ; il a dû confondre avec l'itinéraire de Tannée précédente. Probablement Lucullus revint par la rive orientale du lac Van, ce qui fixerait le lieu de la bataille anx environs de Melazguerd.

(2) Cet événement est expressément mentionné par Eusèbe, IIj 135 It, Schoene.

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