‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 303 sur 417 · RETOUR DE LUCULLUS DANS LE PONT · texte numérisé non relu

RETOUR DE LUCULLUS DANS LE PONT

pions qui, sous le nom de transfuges, s'étaient introduits dans son camp (printemps 67 av. J.-C.) (1).

Lucullus était déjà à mi-route lorsqu'il apprit, par la rumeur publique, la fatale nouvelle. L'indignation des F'imbriens contre Triarius fut aussi grande qu'elle l'avait été naguère contre Cotta, après la défaite de Clialcédoine : ils faillirent écharper le malheureux légat. Lucullus lui sauva la vie, mais il ne put rétablir la situation. Mithridate, satisfait de sa victoire, refusa d'en compromettre l'effet moral par un nouvel engagement : il fit le vide devant l'ennemi , et rétrograda jusqu'à Talaura, au cœur des montagnes, où il se retrancha (2). Le pays était dévasté, le roi inexpugnable. La trahison ne réussit pas mieux que la force. Le sénateur Attidius, réfugié auprès de Mithridate, complota de l'assassiner : il fut découvert et mis à mort avec ses complices ; le roi, par un beau mouvement de générosité, épargna la torture au principal coupable et renvoya indemnes ses affranchis (3). Pendant que Mithridate tenait ainsi Lucullus en échec, le roi de la Médie Atropatène, gendre de Tigrane, se jetait sur la Cappadoce avec ses bandes de cavaliers, mettait le pays à feu et à sang , et détruisait les petits détachements romains disséminés dans la province. Tigrane lui-même, après avoir achevé la reconquête de l'Arménie, se disposait à franchir l'Euphrate (4).

On devine l'effet que ces nouvelles désastreuses produisirent à Rome. Depuis des années, démagogues, publicains, amis et affidés de Pompée ne cessaient de déblatérer contre le téméraire proconsul qui entassait ainsi guerre sur guerre et gouvernement sur gouvernement, sans autre souci que la satisfaction de son ambition et de son avarice personnelles. Les triomphes répétés de Lucullus avaient pendant quelque temps fermé la bouche aux envieux; de son côté, il n'hésita pas, pour obtenir la proroga-

(1) Sur la bataille de Gaziura, cf., outre Dion et Appien, Cicéron, Pro lege Manilia, IX, 26 : Sinite hoc loco, Quirites, sicut poetae soient, qui res romanas scribunt, praeterire me nostram calamitatem, quae tanta fuit, ut eam ad aures imperatoris non ex proelio nuntius, sed ex sermone rumor afferret. Le scoliaste de Gronovius (p. 441 , Orelli) présente ainsi le récit de la bataille : Mithridates... jussit milites sedere in loco obscuro ut, quando veniat legatus Luculli ad ojipida illa (?) vastanda, contra ipsum impetus f at. Illi sederunt. Venit legatus ad rapinam faciendam. Fit contra eum impetus : ita omnes deleti, ut nec nuntius pos sit cxsistere; ita omnes exstincti su)it.

(2) Appien, Mith. 90 ; Dion XXXVI, 16, 2. (o) ApTpien, loc. cit.

(4) Dion , loc. cit.

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