LUCULLUS REMPLACÉ
tion de son immense commandement, à pensionner le puissant démagogue, L. Quintius, avec lequel il avait eu pendant son consulat de violents démêlés (1). Mais maintenant que, au lieu de victoires, chaque nouveau courrier annonçait un nouveau désastre, le déchaînement fut irrésistible. Dès l'année 69 av. J.-C, ce semble, un préteur avait été envoyé par le Sénat dans la province d'Asie (2); l'année suivante, le consul Q. Marcius Rex fut désigné pour gouverner la Cilicie à sa sortie de charge (3). Au commencement de 67 , le dernier coup fut porté : sur la motion du tribun Gabinius, appuyée parce même Quintius qui, devenu préteur, trafiquait aussi cyniquement de son influence que pendant son tribunat, le consul M'. Acilius Glabrio fut, en vertu d'un plébiscite, investi, à la place de Lucullus, du commandement en chef contre Mithridate, avec la province de Bithynie et de Pont; ordre fut donné à Lucullus de mettre ses troupes à la disposition de son successeur, excepté les légions Valériennes qui devaient être renvoyées, sans délai, dans leurs foyers. La peine de la confiscation était prononcée contre tous récalcitrants.
Ces décrets furent aussitôt publiés à travers toute la péninsule par les soins du préteur d'Asie (4). Lucullus, que la légalité n'avait jamais arrêté, ne tint d'abord aucun compte de ces chiffons de papier; il espérait encore une victoire décisive pour relever son prestige. A cet effet, il s'adressa avec confiance au nouveau gouverneur de Cilicie, qui s'acheminait alors à travers laLycaonie à la tête de trois légions, et lui demanda son concours pour écraser Mithridate. Marcius Rex semblait avoir tous les motifs
(1) Salluste, fr. V, 11 : Lucullus pecimiam Quintio dédit ne illi succederetur. On a voulu voir une allusion obscure et méchante à ce fait chez Cicéron, Pro lege 3Ianilia, XIII, 37 ; mais cela paraît peu d'accord avec le ton général du discours , qui est élogieux pour Lucullus, Quintius avait été tribun de la plèbe en 74 (Salluste, fr. III, 81, 11 : Lucullus superiore anno quantis animis ierit in L. Quintiam vidistis). — Il est souvent mentionné par Cicéron qui l'appelle aptissimus turbulentis concionibus... homo maxime popularis , qui omnes rumorum et contionum ventos colligere consuesset {Brutus LXII, 223; XXVIII, 77). D'après Plutarque , Luc. 33, il aurait été préteur au moment du vote de la loi Gabinia,
(2) Dion, XXXVI, 4. Un gouverneur d'Asie (ô TÎjç 'Aoia; (jTpatriYOs) est mentionné par Appien , il/i^A. 90, au commencement de 67; il s'agit probablement de T. Aufidius ou de son successeur P. Varinius (Waddington, Fastes de la province d'Asie, p. 672).
(3) Dion XXXVI, 17, 1.
(4) Appien, Mith. 90. Cf. Salluste, fr. V, 14 : leçiones Valerianae comperto , lege Gabinia, Bitliyniam et Pontum coiisidi datum , sese inissos esse,.. Il n'est pas certain que ces dispositions fissent partie de la même loi Gabinia qui décerna à Pompée le commandement contre les pirates,