RECONQUÊTE DU PONT PAR MITHRIDATE
naie. De son côté, Tigrane envahit la Cappadoce et ravagea impunément le plat pays (1). L'infortmié Ariobarzane, chassé de son royaume pour la sixième fois de sa vie , s'adressait avec désespoir, mais sans succès, à tous les échos; Marcius Rex le renvoyait à Lucullus, Lucullus à Glabrion, à Glabrion qui s'attardait en Bithynie, et dont Tardeur belliqueuse s'était subitement refroidie depuis qu'il s'était rendu compte du véritable état des affaires (2).
Vers ce temps-là, débarquèrent les dix commissaires du Sénat, dont Lucullus avait depuis longtemps réclamé l'envoi pour organiser, suivant l'usage, la nouvelle province conquise par ses armes. On avait composé la commission à son gré, d'hommes dévoués à ses intérêts : on y voyait, par exemple, son frère Marcus Lucullus, le conquérant de la Thrace, et son ancien légat L. Muréna (3). Mais si favorablement que ces commissaires fussent disposés envers lui, ils durent se rendre à l'évidence : Lucullus n'occupait plus un pouce de terre dans l'ancien royaume de Pont; la prétendue « province » était encore à conquérir tout entière (4). A cette constatation mortifiante s'ajouta bientôt l'humiliation suprême, la débandade générale de l'armée. Dès que l'été fut à son terme, les soldats Valériens, arrivés à l'expiration de leurs vingt ans de service, frappèrent l'air de leurs épées, comme pour défier un ennemi insaisissable, et quittèrent en masse le camp de Lucullus; beaucoup de jeunes soldats suivirent leur exemple et allèrent se ranger sous les drapeaux du consul Glabrion. Il ne resta auprès du vainqueur de Tigranocerte que les soldats trop pauvres pour payer leurs frais de voyage et pour avoir rien à redouter de la confiscation chimérique dont les menaçait la loi Gabinienne (automne 67 av. J.-C.) (5).
(1) Plut., Luc. 35, 7 ; Dion XXXVI , 19, 1 ; Appien, Mith. 91. D'après ces deux derniers auteurs, la Cappadoce aurait été également ravagée par Mithridate. — Monnaie de Mithridate avec la date 231 (sept. 67-66) : Trois royaumes, p. 200 et pl. XI, 7.
(2) Dion XXXVI, 19.
(3) Cicéron , Ad AU. XIII, 6 fin.
(4) Plut., Luc. S5, 8.
(5) Plut., loc. cit. Cf. Dion XXXVI, 17 fin. ; Appien, Mith. 90. : Cicéron, Pro Uge Jfanilia, XI, 26 : partem militum, qui jam stipendiis confecti erant, dimisit , partent M'. Glabrioni tradidit. — Les fragments de Salluste s'arrêtent ici ; son Histoire paraît s'être terminée à la veille de la loi Manilia, qui équivalait, à son avis , au renversement de l'ordre de choses inauguré par Sylla. Je ne sais si la guerre contre les pirates y était racontée,