‹ Mithridate Eupator, roi de PontChapitre 309 sur 417 · RUINE DES CRETOIS ET DES PIRATES · texte numérisé non relu

RUINE DES CRETOIS ET DES PIRATES

et l'honneur de Rome avaient seuls à souffrir. Mais le jour vint où le laboureur italien se vit enlevé au milieu de son champ, les vo3'ageurs détroussés en pleine voie Appienne, où les communications avec la Sicile et l'Afrique, les deux greniers de Rome, furent à peu près interrompues, où le prix du blé monta sur le marché dans des proportions exorbitantes. Alors le peuple cria famine, rejeta, non sans raison, la faute de ses maux et de ses hontes sur le gouvernement. Dès l'année 69, cependant, le gouvernement s'était décidé à faire quelque chose : la guerre fut déclarée aux Crétois, qui depuis leur victoire sur Antonius se moquaient ouvertement de la république; en deux années d'une lutte impitoyable (68-67), le proconsul Q. Métellus acheva à peu près la conquête et la ruine de la vieille île dorienne. Mais le bon sens populaire avait enfin compris que les victoires de terre ferme, si brillantes qu'elles fussent, ne pouvaient venir à bout d'un ennemi dont la patrie, le champ d'opérations était la Méditerranée tout entière. La piraterie, écrasée sur un point, renaîtrait infailliblement sur un autre : Métellus recommençait en Crète l'œuvre ingrate de Servilius en Cilicie, la lutte de la louve contre le requin. Seule, une purge générale des mers pouvait donner des résultats décisifs.

Au commencement de l'année 67, le tribun A. Gabinius, celui-là même qui avait fait voter le remplacement de Lucullus et le licenciement des légions Valériennes , proposa de nommer un nouvel amiral , ayant une compétence aussi étendue que celle qu'on avait attribuée au préteur Antonius en 74, mais armé d'une autorité encore plus absolue et pourvu de ressources bien autrement efficaces. En réalité, sous le nom d'amiral, il s'agissait de créer un véritable dictateur des mers et des côtes de l'empire. Le choix de ce chef suprême était laissé au Sénat, mais le nom du candidat imposé se pressait sur toutes les lèvres : c'était Pompée, le général le plus heureux et le plus populaire de la république, devenu, depuis son retour d'Espagne et les réformes radicales de son consulat (70 av. J.-C), l'allié, le protecteur, l'idole du parti populaire. L'opposition désespérée des chefs de la noblesse ne rendit que plus éclatant le triomphe des démocrates et de leur champion. Le plébiscite fut voté et Pompée investi du commandement désiré. Il justifia d'ailleurs brillamment la confiance du peuple-roi. On lui avait accordé ses pouvoirs pour trois ans; en trois mois, il eut nettoyé la Méditerranée, capturé ou détruit

LOI MANILIA.

1,300 bâtiments grands ou petits, tué ou pris 30,000 pirates et couronné par la clémence l'œuvre de la répression.

L'anéantissement de la puissance des pirates était un coup sensible pour Mithridate. Non seulement il perdait en eux ses derniers, ses plus fidèles alliés, mais encore le succès foudroyant de Pompée, contrastant avec l'inaction piteuse de Glabrion, désignait le vainqueur des pirates pour la succession, toujours ouverte, de Lucullus. Ce commandement contre Mithridate, Pompée le convoitait depuis longtemps : dès l'an 74, il avait failli venir l'arracher à Lucullus à la tête des légions d'Espagne. Maintenant qu'il touchait au but, il affecta l'indifférence, mais laissa ses amis de Rome agir pour lui. Pendant que ceux-ci allaient répétant sur le forum que sa seule présence au pied du Taurus avait arrêté la marche en avant des rois barbares. Pompée passait l'hiver 67-GG en Cilicie, où l'avait conduit le hallali des pirates. Ostensiblement, il préparait une expédition en Crète, où avait éclaté entre Métellus et lui un misérable conflit d'attributions; il occupait ses loisirs à relever les villes ciliciennes dévastées par Tigrane et les repeuplait de pirates captifs. En réalité, il attendait impatiemment l'ordre de franchir le Taurus. Quand le terrain fut suffisamment préparé, un sous-Gabinius, l'obscur tribun C. Manilius, proposa, au mois de janvier G6, un plébiscite tendant à rappeler immédiatement Glabrion et Rex, à joindre au commandement maritime de Pompée les gouvernements de Bithynie et de Cilicie, enfin, à lui confier la conduite de la guerre contre Mithridate et Tigrane, avec le droit illimité de faire la paix et de contracter alliance au nom du peuple romain. Cette loi achevait la ruine du gouvernement aristocratique et donnait à la démocratie un maître; elle n'en fut pas moins appuyée par des hommes de tous les partis , Servilius, Cicéron , César, et votée par les tribus à la quasi-unanimité des suffrages. L'heureux général, arrivé au comble de ses vœux, se plaignit hautement qu'on ne le laissât pas un instant tranquille.

Pendant les derniers mois de l'hiver, Mithridate vit de toutes parts se resserrer autour de lui le cercle d'airain. Les offres de paix que Pompée lui fit adresser par l'intermédiaire du transfuge Métrophane n'étaient sans doute destinées qu'à l'amuser (1). Ti-

(1) Dion XXXYI, 45.

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