LE PONT ET LES GALATES
une expédition égyptienne, qui se proposait sans doute d'installer le protectorat des Ptolémées sur les côtes de TEuxin comme sur celles de la mer Égée (1). Mais les Gaulois étaient presque aussi dangereux comme amis que comme adversaires. Ces braves soldats avaient d'étranges lubies, des colères brutales, des exigences intolérables : plus d'un roi de cette époque paya de sa vie ou de sa couronne une rémunération trop mesquine ou une velléité d'ingratitude. Ariobarzane se brouilla avec ses mercenaires ; son fils , mineur à son avènement, se vit assiégé dans Amisos par ces barbares révoltés; presque affamé, à bout de ressources, il ne dut son salut qu'à l'intervention de la république d'Héraclée qui détourna sur elle l'orage (2). Devenu majeur, Mithridate II reprit le rôle de roi condottière qui avait si bien réussi à son grand-père. Il trafiqua adroitement de son alliance pendant les querelles fratricides des fils d'Antiochus Théos; ce furent les Gaulois de Mithridate qui gagnèrent pour Antiochus Hiérax la bataille d'Ancyre en 241 av. J.-C. (3), et à la suite de cette journée, Séleucus Gallinicos dut acheter la défection du roi de Pont en lui donnant la main de sa sœur (4) avec la Grande-Phrygie pour dot (5). Mais c'était là un cadeau illusoire et une extension prématurée. La victoire d'Ancyre marqua à la fois l'apogée et le terme de l'insolente domination des Galates. Tous les Asiatiques hellénisés, lassés de leurs déprédations, se rallièrent autour du vaillant dynaste de Pergame, iVttale, comme jadis leurs ancêtres s'étaient groupés autour des rois de Lydie pour chasser les Cimmériens. Les victoires répétées d'Attale rendirent Antiochus no-
(1) Apollonius d'Aphrodisia h: 13 (F. H. G. IV, 312).
(2) Memnon c. 24.
(3) Eusèbe I, 231, 23, Schoene.
(4) Eusèbe I, 251, 5, Schoene. Quoique Eusèbe raconte le mariage avant la bataille, il n'en résulte nullement qu'il l'ait précédée, comme on l'a cru généralement ; Eusèbe a voulu simplement, à propos de la mort d'Antiochus Théos, indiquer immédiatement le sort de tous ses enfants. (Cp. pour les enfants d'Antiochus Soter I, 250, 2(i.) L'autre sœur de Gallinicos épousa Ariarathe III de Cappadoce (Eusèbe, loc. cit., Diodore fr. XXXI, 19). Il faut noter ici une erreur d'Eusèbe qui donne pour mère à ces princesses Laodice , fille d'Achéos (l'ancien : Polyen IV, 17); la femme de Théos était en réalité sa sœur consanguine (Polyen VIII, 50) et c'est Gallinicos, non son père, qui a épousé la fille d'Achéos, Laodice II (Polybe IV, ôl ; VIII, 22). L'erreur du chroniqueur s'explique par la similitude des noms mais on ne comprend pas que son témoignage ait été préféré à celui de Polyen et de Polybe par G. MuLLER (F. H. Gr. III, 707), Droysex (III, 338 de la trad. fr.) et Pekcy Garuner (^Seleucid Kings nf Syria, p. XXXIV).
(ô) Trogue Pompée, chez Justin XXXV, 2,