NÉGOCIATIONS INUTILES
elle commença par des compliments, continua par des récriminations, et finit par des injures. Lucullus, au désespoir de se voir arracher le fruit de tant de victoires, chercha d'abord à persuader à Pompée que tout était fini, qu'on n'avait pas besoin de lui; puis, comme cet artifice puéril ne réussissait pas, il prétendit s'éterniser en Galatie et continuer à faire acte de commandement à côté de son successeur. Pompée, poussé à bout, fut obligé de casser en bloc toutes ses ordonnances et de lui débaucher ses troupes; il ne lui laissa que 1,600 hommes, maigre escorte d'un triomphe qu'on fit attendre pendant trois ans (1) au vainqueur de Tigranocerte.
Pendant que ce rival gorgé de gloire, de richesses et d'humiliations prenait le chemin de Rome, Pompée se dirigeait vers la frontière occidentale du Pont. Mithridate, informé de la défection des Parthes et de l'invasion de l'Arménie, trop clairvoyant, en présence de l'énorme disproportion des forces, pour conserver aucune illusion sur l'issue de la campagne, recourut aux négociations ; mais cette fois Pompée le prit de très haut, réclamant d'emblée l'extradition des transfuges et la soumission sans réserve. La seule rumeur de ces conditions jeta la panique dans l'armée pontique; les émigrés romains, qui en faisaient la force principale, se crurent trahis; les autres troupes, qui ne voulaient plus combattre sans eux, commençèrent à déserter en masse. Il fallut recourir contre les déserteurs à tout Tarsenal des supplices orientaux et mentir hardiment pour rassurer les autres. Le roi jura aux émigrés qu'il ne ferait jamais la paix avec Rome sans eux ni contre eux; il assura que, sous prétexte de négociations, il avait simplement voulu faire reconnaître par ses ambassadeurs les forces de Pompée (2).
Mithridate ne songea pas un instant, avec des troupes inférieures en nombre et en qualité , à tenter la fortune des armes : il renouvela simplement contre Pompée la tactique qui lui avait réussi l'année précédente contre Lucullus. Reculant lentement vers l'intérieur du Pont, il dérobait ses marches par un rideau de cavalerie, harcelait l'ennemi, enlevait ses convois, achevait de ruiner un pays déjà fort éprouvé par les dernières campagnes.
(1) Cicéron, Acad. post. Il, 1, 3. Sur le triomphe de Lucullus, voir Plutarque, Luc. 37.
(2) Dion, XXXVI, 45, paraît se tromper en plaçant les négociations avant l'entrée en campagne. Voir Appien, 3Iith. 98.