B.\TAILLE DE NICOPOLIS
tions qui dominaient un dernier défilé par où elle devait nécessairement passer pour atteindre le fleuve. Les Pontiques, partis le soir de leur campement, s'engagent dans les gorges, sans soupçonner le voisinage de Fennemi. Tout à coup, dans le grand silence d'une nuit sans étoiles , on entend les trompettes sonner la charge ; le cri de guerre des légions retentit sur les hauteurs , et récho des parois rocheuses redit à l'infini le cliquetis des lances choquées contre les boucliers d'airain. En même temps une grêle de pierres , de javelots et de ilèches s'abat sur l'avant-gaixle pontique. Mithridate, réveillé par ses généraux, tache de ranger ses troupes, en bataille; mais une terreur superstitieuse s'empare de ces hommes qui se croient assaillis par quelque fléau surnaturel, quelque sabbat de démons hantant la solitude de ces lieux inconnus. Bientôt le bruit se répand qu'on est pris en tête et en queue, cerné, enveloppé; les soldats jettent leurs armes, les bataillons se serrent les uns contrQ les autres comme un troupeau affolé. L'action est à peine commencée et déjà l'armée n'est plus qu'une cohue, où hommes, femmes, chevaux, chameaux, fourgons, brancards , s'entassent pêle-mêle dans un désordre épouvantable , offrant aux projectiles ennemis une cible compacte, où tous les coups portent, malgré l'épaisseur des ténèbres. Jusqu'au dernier moment Pompée, fidèle à ses habitudes de prudence, avait hésité à engager un combat nocturne , toujours chanceux; les exhortations de quelques vieux tribuns avaient vaincu ses scrupules de stratégiste; la confusion produite par les premières attaques acheva de l'enhardir. Quand les Romains eurent épuisé leurs munitions , il donna le signal de l'assaut. Les légionnaires s'élancent des hauteurs et tombent sur la masse inerte des barbares qui se laissent égorger sans défense, roulent dans les ravins ou périssent écrasés sous les sabots des chevaux et les roues des fourgons. Cependant la lune s'était levée derrière les Romains et projetait en avant leurs ombres allongées. Quelques compagnies d'archers asiatiques firent front et tâchèrent de vider leurs carquois, mais ils appréciaient mal les distances et l'épée romaine s'abattait sur eux avant qu'ils eussent pu régler leur tir. Quand l'aube parut, l'armée asiatique était anéantie : plus de 10,000 cadavres jonchaient le champ de carnage; le reste était pris ou fuyait par les hauteurs. Les tentes et le matériel tombèrent aux