FUITE DE MITHRIDATE
mains du vainqueur, qui n accusa, pour sa part, que 40 morts et 1,000 blessés (1).
Tel fut le dernier combat que Mithridate livra aux Romains. Jusqu'au bout, il avait fait son devoir de roi et de soldat; quand tout fut perdu, il s'évada du champ de bataille et gagna les crêtes avec ses gardes à cheval , au nombre de 800. État-major, généraux, courtisans, tout avait fondu dans la débâcle; l'escorte militaire elle-même ne tarda pas à s'égrener sur la route, et le roi resta seul avec deux compagnons dévoués et une femme, sa vaillante concubine Hypsicratée; vêtue en homme, les cheveux coupés ras , montant un infatigable cheval perse qu'elle pansait elle-même, ainsi que celui du roi, l'héroïque amazone devait accompagner son amant jusqu'au terme de sa longue odyssée, l'enveloppant de sa tendresse, vivante image de la patrie absente (2). Les fugitifs rallièrent en route environ 3,000 fantassins et quelques cavaliers mercenaires. Ils arrivèrent sans encombre au château de Sinoria (3) situé aux confins du territoire pontique et de la Grande- Arménie. C'était la plus forte gazoj^hjlacie de Mithridate et l'un des plus riches garde-meubles de la couronne. Mithridate s'y arrêta quelques jours et envoya de là des ambassadeurs demander l'hospitalité à Tigrane; mais une cruelle surprise les attendait à la frontière.
(1) Pour cette bataille il y a une divergence absolue entre le récit de Dion XXXVI, 48-9, que j'ai suivi, et celui d'Appien, Mith. 99-100. D'après ce dernier, le roi se retranche sur une colline dont il fait garder l'accès par 4 cohortes. Au point du jour (àjxa ô'rifxepa) les avant-postes engagent le combat ; des cavaliers pontiques accourent à la rescousse sans ordre et sans chevaux; enfoncés par la cavalerie romaine, ils retournent précipitamment au camp pour chercher leurs montures : à la vue de leur fuite, le reste des troupes croit le camp forcé et se disperse ; sauve-qui-peut général et massacre. Le récit de Plutarque , Pomp. 32, s'accorde, en somme, avec celui de Dion, sauf un détail important : d'après Plutarque les barbares étaient campés, d'après Dion ils étaient encore en colonne de route. Plutarque aura suivi Théophane, Dion Tite-Live, ce que prouve son parfait accord avec les abréviateurs (ep. 101 ; Frontin II, 1, 12 ; II, 2, 2 ; Florus I, 40, 23 ; Eutrope VI, 12, 2 ; Orose VI, 4, 4-5 ; S. Eufus, 16 ; Aur. Victor, 76). Malgré ce nombre imposant de témoignages, qui, en définitive, se ramènent tous à la version pompéienne, je n'oserai affirmer qu'Appien se soit trompé. — Pertes des Pontiques : Appien et Plutarque 10,000 morts, Orose et Eutrope 40,000 c( tués ou pris», Rufus 42.000. Pertes des Romains : Orose, comme au texte ; Eutrope, 20 soldats et 2 centurions.
(2) Plutarque, Pomp. 32; Valère Maxime IV, 6, ext. 2. Cp. Eutrope : rex fiig'it... cum uxore et duobus comitihus , et les phrases ampoulées d'Orose VI, 4, 6.
(3) Sivopia chez Strabon XII, 3, 28; iivopa chez Plutarque; Stvôpyiya chez Appien; Sinhorium chez Ammien Marcellin XVI, 7, 9. Théophane (chez Strabon loc. cit.) l'appelait, à cause de sa situation, luvopta. C'est probablement le même endroit qui est appelé par les géographes postérieurs i^iv^épa (Ptolémée), Sinara (Tab. Peut.), Sinerca{Ittn. Anton.).