LES ALBANS
dations avec les deux plus puissantes nations de Tisthme caucasique, les Albans et les Ibères.
Ces deux peuples habitaient le bassin du Cyrus {Kour) : les Ibères la partie supérieure, qui embrasse les plus fertiles plaines de la Géorgie d'aujourd'hui; les Albans les pâturages herbeux du Chirvan et du Daghestan actuels, sur les deux versants du Caucase oriental. Les Albans, que leur éloignement avait protégés contre les convoitises des grandes monarchies asiatiques, mais non contre les razzias des nomades transcaucasiens, étaient de beaux hommes , d'une stature élevée. Demeurés à un degré très inférieur de civilisation , vivant de chasse , de pêche et d'élève du bétail , ils n'avaient su tirer qu'un faible parti d'un sol admirablement arrosé, où la vigne de deux ans est déjà chargée de raisins, où le blé donne deux ou trois récoltes par an. Leur agriculture rudimentaire ne connaissait que la charrue de bois; leur commerce était nul : ils ignoraient l'usage de la monnaie et même des poids et mesures, ne pratiquant que le troc, ne sachant compter que jusqu'à cent. Leur langue s'était morcelée en une infinité de dialectes, leur nationalité en vingt-six tribus, réunies depuis peu seulement sous l'autorité d'un roi unique. Quant à la religion, c'était un amas de superstitions bizarres où dominaient le culte orgiastique de la lune et le sacrifice humain , accompagné de pratiques divinatoires. On vénérait les derviches inspirés, les fous, les vieillards ; en revanche, le culte des morts était proscrit. L'armée était nombreuse : avec l'aide des tribus caucasiques amies, les Albans pouvaient mettre en ligne jusqu'à 60,000 fantassins et 12,000 cavaliers; mais le courage était médiocre, l'armement défectueux; les cavaliers bardés de fer, avec leurs chevaux vêtus d'un plumage d'écaillés, étaient, comme leurs émules arméniens et mèdes, un corps de parade plutôt que de combat.
Aussi nombreux que les Albans, les Ibères étaient plus forts, plus riches (I) et plus civilisés. Agriculteurs paisibles dans la plaine (qui finit par en prendre le nom de Géorgie, « Agriculture »), nomades belliqueux dans la montagne, ils avaient des villages , des fortins et même des villes véritables où l'on vo3^ait des marchés, des édifices publics et des maisons soigneusement cons-
(1) Le richesse des Ibères est attestée par le présent que leur roi envoya à Pompée (Plut., Pomj), 36) : un lit , une table et un trône en or massif.