LES IBÈRES
truites, aux toits recouverts de tuiles. Ce peuple n'avait cie commun que le nom avec les Ibères de l'Espagne. Il se composait d'une race primitive, conquise et asservie par une tribu iranienne : c'est du moins ce qu'on peut conclure des noms médiques des rois, du culte d'Ormuzd et surtout de la division de la nation en quatre classes ou castes; les trois premières — nobles, prêtres et francs tenanciers — représentant la race conquérante, la dernière, les laoi ou serfs royaux, la race assujettie, l'équivalent des hilotes laconiens. La couronne, élective de nom, héréditaire de fait, se transmettait non du père au fds, mais, comme chez les peuples musulmans de nos jours, au plus âgé parmi les proches parents du roi défunt. Le second en âge exerçait les fonctions de grand juge et de général en chef. A l'image de la nation tout entière, chaque famille constituait une petite communauté agraire, dirigée par Vancien de la geiis; la propriété individuelle, du moins la propriété foncière, était inconnue. Les prêtres présidaient aux relations internationales et avaient la garde des traités. Les cultivateurs libres formaient l'armée, composée principalement de lanciers à cheval et d'archers : les premiers combattant à la façon parthe, par fuites simulées et impétueux retours; les seconds, comme les Indiens de l'Amérique du Nord, se cachant derrière le tronc des arbres ou grimpant sur leur faîte pour décocher, de là, des flèches empoisonnées à la pointe barbelée.
Malgré la saine constitution du royaume et les qualités énergiques de la race , les Ibères furent trop faibles pour maintenir leur indépendance et l'intégrité de leur territoire contre les appétits de leurs puissants voisins. Les Arméniens leur avaient arraché les provinces méridionales de Gogarène et de Chorzène ; ils étouffaient dans les étroites barrières d'un territoire, emprisonné désormais entre la chaîne principale du Caucase, ses contreforts méridionaux et les monts Moschiques , sans autre issue dans toutes les directions que d'âpres défilés. Au nord, la vallée de l'Aragos et les Portes caucasiques conduisaient en Sarmatie; à l'ouest, le col sinueux de Sarapané descendait en Colchide; à l'est, un long couloir taillé dans le roc aboutissait aux steppes de la Cambysène et aux marécages de l'Alazon, vestibule de l'Albanie; au sud enfin, vers l'Arménie, on avait le choix entre deux routes également difficiles qui empruntaient les vallées du Cyrus